Hier, la MILDECA a sorti son Plan National de mobilisation contre les addictions. Pas UN mot sur le vapotage. Et aujourd’hui le CESE sort un rapport qui, lui, en parle… positivement.

C’est une véritable performance ! 130 pages. En 130 pages consacrées à la lutte contre les addictions, alcool, tabac, drogues, écrans, la MILDECA n’a même pas d’avis sur le vapotage, elle a réussi l’exploit de ne pas en dire un seul mot. Des millions de français ont déjà réussi à sortir du tabagisme grâce à la vape, c’est l’outil d’aide le plus populaire face à la première cause de morts évitables (73000 / an), mais la MILDECA fait l’impasse totale. Contrairement au CESE…

MILDECA : enfoncer les portes ouvertes sur les addictions

A lire le communiqué de la Fédération Addiction. Toujours très mesurée et “diplomate” dans ses propos l’association par la voix de sa déléguée générale, Nathalie LATOUR, pose la question de la volonté, parle de regret et d’inquiétude. Aucun objectifs chiffrés, que des “principes louables”. Traduction (de mon ressenti) : “Pavé de bonnes intentions, ce plan est un monument du y’a qu’à / faut qu’on”. Une production par des fonctionnaires planqués, sans courage, sans envergure, sans yeux et sans oreilles. À l’heure où le peuple gronde contre les privilèges et les placards dorés, on peut se demander légitimement, au-delà de leurs responsabilités sur les morts évitables à venir à cause de leur inconséquence, combien, aussi, ils sont payés.

Pas compétent, je m’abstiens de commentaires les autres addictions – quand même cette histoire d’amende pour la fumette, quelle honte ! – mais concernant la lutte contre le tabagisme, on a rarement vu enfoncer autant de portes ouvertes. En résumé : “Fumer c’est pas bien, faut le dire aux gens – Voilà !”. Désinformation sur le coût réel du tabagisme : 120 milliards d’Euros, un calcul totalement délirant dont on parle ici. Et le plus drôle, alors que 9 gamins sur 10 se fournissent chez les buralistes (c’est dans le rapport p. 30), il faudrait sévir. Enfin ? Bien sûr, on y croit… Outre les relations très “amicales” avec le ministre du budget Gérard DARMANIN, les buralistes ont porte ouverte même au ministère de la santé (au moins trois RDV avec la ministre Agnès BUZYN depuis sa prise de fonction). La mission est confiée aux préfets et aux polices municipales, on verra s’ils font mieux que les douanes qui contrôlent en moyenne les débitants une fois par siècle.

Aucun pragmatisme, bla-bla, leçons de morale et coercition (Ha ! Augmenter les prix ! Ha ! Financer les ayatollahs anti-tabac !), rien de plus dans ce plan. Pas UN mot sur le vapotage, alors que les anglais face aux performances de l’outil, décident de miser à fond dessus (campagne de communication officielle du Public Health England), et que les islandais annoncent parvenir en 2018 à moins de 5% de fumeurs grâce au SNUS et à la vape.

Bon courage pour lire les 130 pages : Plan National de mobilisation contre les addiction 2018 – 2022

Et donc… Pendant 4 ans, pas de vape dans l’esprit de la MILDECA et des gouvernants ?

CESE : un avis qui préconise une meilleure prise en compte du vapotage

Le CESE – Conseil Économique Social et Environnemental – est la troisième assemblée de notre république. Elle n’a aucun pouvoir, que celui d’être saisie et consultée. La portée de ses rapports est réputée faible, et son existence même est souvent critiquée, voire remise en cause.

Cela dit, le Conseil vient de rendre aujourd’hui un rapport : Les addictions au tabac et à l’alcool. Celui-ci est plus économique, il ne fait que 62 pages ! Et concernant la vape, une des préconisations (N°15 / p. 8) du rapport lui est totalement consacrée :

Positionner la cigarette électronique avec ou sans nicotine parmi les autres dispositifs de sevrage tabagique : l’intégrer dans le discours de prévention des addictions ; former les professionnels et professionnelles de la santé à l’accompagnement qu’elle implique (comme tout dispositif de réduction des risques) ; en exclure les industries du tabac.

Et un développement de l’avis en pages 38 et 39, avec en particulier ce paragraphe :

Néanmoins, le CESE regrette l’encadrement très contraignant dont est l’objet la cigarette électronique, qui traduit une prudence probablement excessive des pouvoirs publics. Il ne favorise pas l’utilisation de la cigarette électronique comme dispositif de sevrage. Si le risque de banaliser le fait de fumer justifie l’interdiction de vente aux mineurs et mineures et l’interdiction du vapotage dans certains espaces publics, en revanche, le régime de taxation de la cigarette électronique et la réglementation de sa publicité, identiques dans leurs effets à ceux du tabac, freinent son utilisation comme outil de sevrage. 

Comment les membres de la commission du CESE ont-ils pu construire cet avis qui au regard des acteurs de la vape semble pour le moins éclairé ? Cherchons un peu… Il y a eu des consultations. On retrouve ainsi Jean-Yves NAU, médecin – journaliste, qui suit très attentivement le sujet du vapotage. Puis Jean MOIROUD, président de la FIVAPE. Et Nathalie DUNAND, présidente de SOVAPE. Dans la bibliographie, on retrouve aussi le rapport de SOVAPE – Enquête sur le vapotage pendant le Mois Sans Tabac 2017. On notera aussi, cocasse, que le président de MILDECA, Nicolas PRISSE a également été auditionné.

Tiens donc. Des néophytes – à priori – ont donc pu entendre et trouver pertinents les avis de membres de la société civile. Cela fait plus de 18 mois, depuis son arrivée au ministère, que Agnès BUZYN reçoit régulièrement des demandes de rendez-vous, que ce soit SOVAPE ou encore AIDUCE. Elle ne prend même pas la peine de répondre… Condescendance, déni, mépris, on marche vraiment sur la tête.