A la veille des discussions sur la Loi de Santé au Sénat, j’ai repris mon bâton de pèlerin pour alerter le Sénateur de ma circonscription, Jacques Chiron.

Au mois d’avril, j’avais déjà rencontré Geneviève Fioraso, ancienne ministre. Le RDV s’était bien déroulé. Et après quelques relances, la députée s’était même fendue, au mois de juin, d’un courrier à la Ministre de la Santé Marisol Touraine. Qui est restée sans réponse…

Au moment du RDV j’avais déjà croisé Jacques Chiron et je lui avais demandé un RDV, qu’il avait décliné mais en me promettant de lire le compte-rendu de ma rencontre avec Geneviève Fioraso. Ils partagent les mêmes locaux et leurs collaborateurs.

La Loi de Santé devant passer au Sénat au mois de septembre, j’ai à nouveau demander un RDV. Accepté.

Un entretien cordial

M. le Sénateur est en retard, l’entretien commence avec son assistant parlementaire. Première bonne surprise, c’est lui qui fait le pitch : Vous venez nous expliquer que la e-cigarette pourrait être remise entre les mains de l’industrie du tabac à cause des nouvelles réglementations. Et vous vous battez contre ça car cela remettrait en cause l’organisation libre du marché actuel… Bien ! Il m’apprend ensuite qu’il est lui même vapoteur, donc plutôt sensible au sujet. En clair, mes premières démarches ont été suivis, l’entretien a été préparé. J’étaye un peu en précisant la nature des articles, les avancées politiques au Royaume-Uni, leurs résultats en termes de lutte contre le tabagisme, les positions « idéologiques » du gouvernement français.

Jacques Chiron arrive, au bout de 10 minutes. On résume à deux le début de l’entretien. Le Sénateur est moins « affuté » mais il sait pourquoi je suis là. Je me permet de re-planter le « décor » en lui parlant du système tabac en place et que la vape vient « perturber » : big tobacco, big pharma, état taxeur. Il s’embarque alors dans des explications sur le problème de contrebande et des achats transfrontaliers du tabac. Bizzare, je reste perplexe. Je dois m’y reprendre à plusieurs fois avant de parvenir à le couper. Ce n’est pas mon sujet. Finalement ils m’expliquent. Depuis quelques jours, ils sont harcelés de « courriers types » de la part de tous les buralistes de la circonscription… La permanence est située à quelques pas d’un lycée (celui de ma fille). Il y a un bureau de tabac à 50 mètres. J’explique à mes deux interlocuteurs que c’est bien probablement là que les jeunes se fournissent en cigarettes, pas en Andorre, ni en Belgique. Ils concèdent. Fin du sujet, on va pouvoir revenir sur la vape !

Nous allons rester ensemble presque une heure à discuter. Je parviens à aborder les nombreux sujets, réglementation, comportement des autorités françaises, comment s’est développée la vape, le marché actuel, son auto-régulation, les normes volontaires, les modes de consommation, les études sur les produits et les comportement, etc. L’échange est animé de questions / réponses. J’essaie d’être très « panoramique » pour tenter de déceler les arguments qui pourraient vraiment les faire réagir…

Les dangers de l’article 20

C’est finalement la main mise que pourrait obtenir l’industrie du tabac qui fait mouche. Un « détail » en particulier : les cartouches scellées. Je demande qui empêchera les multinationales du tabac de rajouter des produits nocifs comme elle l’ont fait depuis tant d’années avec la cigarette. Stupeur, prise de conscience, ça les touche. J’enchaîne avec la nature des produits (cigalike) développé par l’industrie du tabac : l’outil idéal pour décevoir les primo-vapoteur et/ou pour conserver des vapofumeurs. Ils comprennent bien, ça les fait réagir. J’illustre mes propos en comparant mon mod et une Jai. Je compare le marché actuel de la vape, très éclaté, au marché du vin. Un univers où le consommateur reste très libre de ses choix contrairement au marché du tabac « verrouillé » par quatre multinationales. Ils acquiescent à nouveau. Je pense que le message passe…

Sentant la fin de l’entretien arriver, je leur explique bien que le « combat » des vapoteurs est seulement de rester libres et indépendants. Qu’il suffit de laisser la vape évoluer pour réduire le tabagisme et faire des progrès considérables en termes de santé publique. J’explique enfin que les politiques devraient être les alliés des vapoteurs et non des adversaires. Qu’ils devraient être là pour nous « protéger ».

Et après…

Pour finir le RDV, je demande clairement à Jacques Chiron ce qu’il va faire. Il m’explique alors que le sujet est compliqué pour lui. La santé n’est pas son domaine de compétence, donc il ne se voit pas écrire un amendement. Pas crédible. Mais il me promet d’aborder le sujet dans son groupe parlementaire. Donc d’en parler à ses « collègues ». Il a bien compris les mécanismes du problème, et il a mesuré la nature du danger. Pendant l’entretien, par deux fois, il a demandé à son assistant (le vapoteur) de se pencher précisément sur cet article 20.

Honnête, il m’explique aussi qu’il a beaucoup de collègues (Sénateurs) qui sont fumeurs. Donc pas facile… Je lui rappelle que c’est un Sénateur PS qui a demandé l’annulation de la mesure du paquet neutre. Il sait.

Jacques Chiron m’explique quand même le déroulement des choses. La Loi va passer au Sénat et des dispositions prises par l’Assemblée Nationale seront écartées. Il faudra donc établir une commission paritaire. Il m’assure que cette commission ne se mettra pas d’accord (c’est normal). La Loi devra alors repasser encore devant les deux hémicycles. Et c’est l’assemblée nationale qui aura le dernier mot. Tout ça pour me dire que ça prendre du temps. Du temps qui pourra être consacré à l’étude d’un amendement, intelligent et bien construit. Pourquoi pas ? Il me promet à nouveau d’amener le sujet en « groupe ».

Je demande à être tenu informé.

Conclusion

L’entretien s’est bien déroulé. Pas de surprise, c’est son rôle. Le Sénateur Chiron n’est pas l’interlocuteur qui pourrait prendre en main ce type de dossier. Donc, peu de chance qu’il puisse faire bouger les choses. Je le savais déjà avant le RDV, mais il a été sensibilisé, c’est toujours mieux que rien.

Encore une fois, si chaque Sénateur, chaque député pouvait être visité, sensibilisé et documenté par des vapoteurs, on pourrait peut-être infléchir la politique du gouvernement ! Ce sont les petits ruisseaux qui font les grandes rivières. Et compte-tenu du déroulement des évènements, il nous reste encore quelques semaines, voire quelques mois.

Battons nous, bougeons nous !

Si vous souhaitez rencontrer vos élus, le rapport de Clive Bates, traduit en français par l’Aiduce, est un outil idéal pour planter le décor :

> E-cigarette, vapotage et santé publique : un résumé pour les décideurs

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