La chaine de TV franco-allemande ARTE propose ce soir la diffusion d’un reportage avec une version révisée de l’histoire du vapotage.

Le trailer du reportage diffusé il y a quelques jours avait déjà suscité l’émoi chez ceux qui suivent attentivement toutes les publications médiatiques et scientifiques qui concernent le vapotage. Le résumé qui en annonçait les grandes lignes avait subit l’examen détaillé de Philippe POIRSON, l’un des journalistes indépendants les plus respectés sur le sujet pour la profondeur de ses analyses et la justesse de ses points de vue. À lire ici les éclairages sur les thèmes abordés et surtout en fin d’article une impressionnante liste de liens vers des ressources et documents sérieux.

Le titre du reportage “Cloper sans fumée – La nicotine revisitée” augurait pourtant du mieux. Car effectivement, le vapotage permet de consommer de la nicotine sans la fumée. C’est une alternative qui permet d’éviter tous les risques de la cigarette puisqu’on ne fume plus. Tout cela est très bien expliqué dans cet article publié il y a quelques jours par le Dr. Martin JUNEAU, cardialogue à Montréal : La cigarette électronique réduit drastiquement l’exposition aux toxiques du tabac.

Mais la chaine franco-allemande ne va pas choisir cet angle. Le parti-pris du reportage est de refaire l’histoire du vapotage pour le présenter comme un instrument (diabolique) de l’industrie (diabolique) du tabac, et par conséquent semer le doute dans l’esprit du public.

Une histoire révisée du vapotage

Même les journalistes les plus médiocres, qui pigent pour les pires sites Internet “pièges à clic” (appelés vulgairement “putaclic”), connaissent l’histoire du vapotage, relatée parfois avec une pointe de xénophobie. En deux mots, la “cigarette électronique” a été inventée par un pharmacien chinois, Hon Lik, qui a déposé son brevet en 2003. À cette époque, les produits, que ce soient les matériels ou les e-liquides, ne sortent que des usines chinoises. Ils se répandent peu à peu grâce aux réseaux Internet avec un phénomène spectaculaire de bouche à oreille entre fumeurs “geek” qui expérimentent l’objet et découvrent avec stupéfaction qu’il leur permet d’arrêter de fumer. Ni les pouvoirs publics, ni les médecins, ni les scientifiques et surtout, ni l’industrie du tabac n’ont rien vu venir. Ce n’est que quelques années plus tard (12 ans quand même) que l’industrie du tabac, en 2015, a racheté le brevet à Hon Lik (à lire ici). Bien trop tard d’ailleurs, à cette époque la technologie très simple s’était largement répandue et le marché était totalement essaimé entre des milliers de fabricants bien au-delà des frontières chinoises.

En France, on peut dater l’apparition vraiment visible de la vape vers 2005/2006. Les premiers utilisateurs ont commencé à se retrouver et à échanger à l’époque les conseils d’usage et surtout les sources d’approvisionnement de produits. On retrouve ici l’histoire de la création du forum-e-cigarette en 2008 par Brice Lepoutre, son fondateur qui l’anime toujours aujourd’hui. Il fut aussi l’un des fondateurs et le président de l’AIDUCE, première association de consommateurs née en France en 2013. Le marché a “explosé” justement cette année là avec l’ouverture de très nombreuses boutiques spécialisées. C’est à cette époque aussi que ce sont créés les plus beaux fleurons de l’industrie de la vape française. Ces commerces et ces usines ont été fondées par des usagers convaincus par le produit, téméraires et entrepreneurs, ces « indépendants » détiennent aujourd’hui encore plus de 80% du marché. En France particulièrement, mais partout dans le monde aussi, le vapotage n’est pas entre les mains de l’industrie du tabac. Celle-ci n’a jamais réussi à racrocher les wagons même si, l’argent aidant, il y a eu quelques acquisitions retentissantes. Dans ces cas, la plupart du temps, le rachat aboutit (bizarrement) à la déchéance de l’entreprise. En effet, les consommateurs tissent un vaste réseau d’information et le mot d’ordre général est de ne plus donner un kopek à l’industrie du tabac, même pour de la vape. Dans le même ordre d’idée, les buralistes français sont passés complètement à côté de l’histoire, on ne trouve sur leurs rayons que les produits de l’industrie du tabac et quelques grandes marques indépendantes incontournables. Pour l’ex-fumeur passé à la vape, ne plus se rendre chez le buraliste constitue aussi un pas décisif dans le parcours de sevrage, pour ne pas dire un symbole.

Dans le reportage de ARTE, vous ne retrouverez absolument pas cette version (vraie) de l’histoire du vapotage. Pendant 1h30, à chaque occasion, les journalistes tentent de persuader le spectateur que la “cigarette électronique” n’est qu’une invention et un nouveau “gadget” de l’industrie du tabac. Largement vérifiable, c’est donc totalement faux. Mais ce parti-pris continuellement répété et mis en scène tout au long du reportage finira par convaincre les spectateurs même les plus incrédules. ARTE sème le doute en révisant l’histoire. Si les industriels du tabac sont largement interviewés, à aucun moment la parole n’est sérieusement donnée aux indépendants qui représentent l’essentiel du marché. Par conséquent, ils n’existent pas. L’histoire vraie n’est pas racontée, cette vérité est tronquée de sa composante principale et essentielle : les acteurs du vapotage, ces commerçants et fabricants qui font le marché, sont éliminés du décor, inexistants, le spectateur est amené à penser que le vapotage n’est une activité qui ne dépend que de l’industrie du tabac. On a rarement vu une manipulation aussi grossière, mis à part peut-être lorsque l’on feuillette les pages de l’histoire de l’industrie du tabac.

Stanton Glantz : contre-vérités, fantasmes et science bafouée

D’un point de vue “cinématographique”, le reportage est très bien monté. On retrouve ainsi un “fil rouge” avec une longue interview du Pr Stanton Glantz découpée par petites séquences qui arrivent régulièrement pour appuyer des messages clefs. Le mécanisme narratif fonctionne parfaitement. La première apparition du professeur californien raconte ses faits d’armes contre l’industrie du tabac. Ainsi portée aux nues dans son esprit, le spectateur ne pourra plus imaginer une seule seconde remettre en cause les affirmations de Stanton Glantz.

Voici la transcription écrite de la première séquence où il parle du vapotage : “Cet aérosol, ce sont des particules microscopiques, qui font un 50e ou un 100e de la taille d’un cheveux et qui sont extrêmement dangereuses. Elles provoquent des infarctus, des maladies pulmonaires, des AVC et des maladies inflammatoires. Sur ce plan, il n’y a pas de différence entre la cigarette électronique et la cigarette classique”.

On trouvera également un peu plus loin : “Maintenant que ces produits sont sur le marché depuis quelques années, on constate qu’il y a davantage d’infarctus, d’AVC et de pneumopathies parmi leurs consommateurs. Chaque année, on en apprend davantage et le risque augmente. On n’en est pas encore là, mais je pense que l’on finira par se rendre compte que la cigarette électronique est aussi dangereuse que la cigarette classique”.

Le reportage de ARTE offre donc un tribune grand public à Stanton Glantz. Face à lui et à ses affirmations, tout au long du reportage, le commentaire en voix off ne cesse de répéter que les consommateurs “pensent” ou “croient” que le vapotage est moins nocif que la cigarette classique fumée. Les journalistes insinuent ainsi que le doute est permis, voire certain, sur cette moindre nocivité. Le doute est même recommandé, voire levé, par le Pr. Stanton Glantz.

Pour remettre en perspective, il faut savoir que le Pr. Stanton Glantz est le chef de fil des anti-vape à l’international. Son discours s’appuie justement sur le parti-pris (totalement faux, comme on l’a vu plus haut) que le vapotage n’est qu’un stratagème de l’industrie du tabac et qu’elle possède tout le marché. Mais le problème est que les affirmations du professeur (désormais “émérite”, c-à-d à la retraite) sont fausses. Aucune étude scientifique épidémiologique n’a pu démontré à ce jour la réalité des méfaits suscités : AVC, infarctus, pneumopathies, etc. Aucune étude ? Pardon, il y avait bien une étude qui démontrait que les vapoteurs étaient plus victimes de crises cardiaques que les non fumeurs / non vapoteurs. Elle avait fait grand bruit dans les médias avec des reprises alarmistes dans le monde entier. Cette étude était signée justement par… le Pr. Stanton Glantz.

D’autres spécialistes se sont penchés sur cette étude pour vivement la critiquer. En effet, en se penchant sur les données, les scientifiques ont constaté que les crises cardiaques attribuées au vapotage s’étaient déclenchées dix ans avant que les sujets ne commencent à vapoter. En clair, Stanton Glantz a attribué des méfaits du vapotage avant même que les vapoteurs n’aient commencé à vapoter. Après plusieurs mois de combat avec la revue JAHA, l’article qui présente l’étude a été rétracté, on peut le constater ici. Soulignons que la rétractation d’une étude est un phénomène rare et extrêmement grave. L’écho médiatique donné à cette fraude scientifique organisée par le Pr. Stanton Glantz a aujourd’hui encore de lourdes conséquences sur la perception des risques dans la population.

En résumé, ARTE, chaine de télévision publique franco-allemande a donné la parole et a appuyé tout le script de son reportage sur les allégations d’un faussaire et fraudeur scientifique. Aggravant, le temps passé par les journalistes avec le personnage laisse à penser que son influence a été certaine sur le contenu de tout le reportage. Autant Stanton Glantz peut avoir à faire avec sa conscience et rendre des comptes à ses pairs, autant les auteurs du reportage et les responsables de la chaine doivent s’interroger sur la capacité de discernement qui constitue le B-A-BA du métier de journaliste. Et sur les conséquences, évidemment, de la diffusion de contre-vérités et de fantasmes au grand public.

Maladies : mensonges et montages anxiogènes

Le reportage dure 1h30 et quasiment chaque séquence mériterait d’être disséquée et commentée pour rétablir les faits réels. Je n’ai pas le courage de m’y coller. Un exemple flagrant mérite tout de même de s’y arrêter et il suffira à jeter l’opprobre sur l’ensemble.

Un jeune homme américain, Daniel Ross, est pris à témoin car il a subit une greffe des poumons “à cause du vapotage”, selon les journalistes. Ils font référence à la PAV (Pneumopathie Associée au Vapotage, traduction de l’acronyme anglo-saxon utilisé plus couramment : EVALI). La séquence est tournée avec une dramaturgie digne des plus grands mélodrames du 7e art, faisant intervenir la maman terrassée par la situation de son enfant et empêtrée dans les innombrables boites de médicaments, traitements indispensables à sa survie. La séquence est aussi nourrie par l’intervention d’une médecin (la blouse blanche) qui commente abondamment les radios pulmonaires du jeune homme. Émotion garantie.

Pourtant, même si l’affaire a demandé plusieurs mois d’enquête, la question d’EVALI a complètement été réglée. Voir ici toutes les explications : Retour sur la vague de pneumopathies de 2019 aux USA (EVALI). Pour faire simple, Daniel Ross aurait pu s’empoisonner en mangeant de la mort aux rats cachée dans une tarte aux pommes, et on a accusé à tort pendant des mois… les pommes.

À aucun moment les journalistes de ARTE ne font le point exact sur l’affaire. Au contraire, ils accusent le vapotage conventionnel sans qu’aucun doute ne soit permis dans l’esprit du téléspectateur. Soigneusement mis en exergue, Daniel Ross affirme que l’on peut trouver “ces” produits dans toutes les boutiques de vapotage, alors que la vérité (même s’il ne l’a pas avoué à ses parents) est qu’il a consommé (pour le THC) des produits frelatés à la vitamine E et vendus au marché noir.

À nouveau, le discernement et le professionnalisme des journalistes interrogent sur la manière de mener leurs investigations et sur leur parti-pris, voire une intention notoire de manipulation du public étant donné le déploiement d’images et de témoignages pour susciter une charge émotionnelle très anxiogène. En clair, cette séquence, et tout le reportage, pose question à nouveau sur la déontologie des auteurs et des responsables de la chaine.

Propagande anti-vape ?

L’un des fils conducteurs du reportage est aussi de réduire le vapotage à seulement une nouvelle forme d’addiction à la nicotine. Cela renforce l’idée que la pratique n’est que stratagème de l’industrie du tabac, et qu’elle ne fait que lui appartenir. Il est fort regrettable de retrouver dans le reportage le Pr. Martinet, président du CNCT pour renforcer cette fausse idée, alors que cette association est lourdement subventionnée par les fonds publics pour lutter contre le tabagisme et aider les fumeurs.

En diabolisant la nicotine, en créant la confusion permanente (dès les premières images) entre tabac chauffé et vapotage conventionnel, en attribuant à l’industrie du tabac tout le marché de la “réduction des risques” – en prétendant que ça n’en n’est pas – et en en déduisant que cela ne peut être que mensonge et tromperie, les auteurs du reportage détruisent l’image de la vape en la revêtant d’un costume qui n’a rien à voir avec la réalité. A nouveau, et à dessein, je répète : ARTE révise l’histoire.

Qui est responsable ? Qui a fomenté ce reportage qui n’est autre qu’un acte de propagande anti-vape ? On note dans le reportage les apparitions de tout le consortium d’organisations qui nourrissent ces discours et qui entretiennent ces fantasmes : Stanton Glantz évidemment, mais aussi, la Tobacco Free Kids, la Stoping Tobacco Organisations and Products ou encore la Smoke Free Partnership. La contradiction n’est quasiment offerte qu’aux industriels du tabac, les (vrais) professionnels de la vape (indépendants) n’ont que quelques secondes, ne sont pas situés clairement, et sont affublés par la voix off de tous les superlatifs nécessaires, et systématiquement au conditionnel, pour semer le doute sur leur discours (pourtant les plus clairs et fondés de tout le reportage). Quand à la seule consommatrice à qui le micro est tendu pour expliquer sa pratique, je la connais et elle m’a expliqué avoir l’impression d’être présentée comme une “nunuche” qui croit que la vape lui rend service sans se douter des dangers. La petite séquence avec l’étudiante française aux USA est aussi édifiante “Je sais que ça tue, mais je le fais quand même”.

En conclusion. En prétendant dénoncer les affres de l’industrie du tabac, la chaine de TV publique franco-allemande ARTE nourrit au contraire la guerre que mènent les anti-vape pour le plus grand bénéfice de l’industrie du tabac et, de facto, pour le maintien du tabagisme “classique”. Cette alliance de circonstance contre le vapotage, entre les anti-tabac et les industriels devraient éveiller de sérieux soupçons chez les pouvoirs publics. À moins, bien sûr que la vente de cigarettes, taxés à plus de 400%, et les 18 milliards de rente fiscale ne soient prioritaires aux enjeux de santé de la population.

Pour rappel, le tabagisme tue et tuera chaque année 75000 fumeurs ou ex-fumeurs en France. À aujourd’hui, c’est trois fois plus que la Covid et c’est “programmé”, sans le moindre doute – là – sur plusieurs décennies.

NOTA

Depuis des années, des organisations, associations et individus se battent pour défendre le vapotage. Entre autres occupations, ils consignent systématiquement les déclarations, documents, et toutes formes de ressources qui permettront le jour venu d’écrire l’histoire et de désigner les responsables de ce qui prend jour après jour la dimension d’un scandale sanitaire international.

Je n’ai pas les outils, mais si vous avez moyen d’enregistrer et conserver ce reportage d’ARTE pour la postérité, avant qu’il ne soit retiré de la plateforme de replay. Faites-le.

Merci.

PS : si vous avez lu jusqu’ici et si ce n’est pas déjà fait, remontez et cliquez tout en haut sur les deux liens proposés dans les premiers et deuxièmes paragraphes.

 

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