La FDA vient de publier un communiqué qui appelle à freiner l’essor considérable du vapotage chez les jeunes alors que la baisse du tabagisme atteint un nouveau record.

C’est l’éternelle histoire du verre à moitié vide ou à moitié plein. Ou encore la Parabole de la paille et de la poutre. Évangile de Luc, 6, 41 : « Pourquoi vois-tu la paille qui est dans l’œil de ton frère et n’aperçois-tu pas la poutre qui est dans ton œil à toi ! ». En version terroir, c’est aussi “avoir des peaux sauce(isson) dans les yeux“.

Voici le communiqué de la FDA publié le 11 septembre 2019, le graphique ci-dessous est très clair :

  • le vapotage prend un essor considérable chez les jeunes aux USA
  • dans le même temps le tabagisme atteint un niveau record au plus bas

A noter : ces chiffres doivent être “pondérés” par deux points :

  • les données se rapportent à une consommation dans les 30 derniers jours. Donc pas nécessairement “quotidienne”
  • “e-cigarette” regroupe toutes les formes de “vaping”, c-a-d le “classique” avec OU sans nicotine, mais aussi les autres formes de consommation par vapeur notamment le cannabis.

Consommation de cigarettes et vapotage chez les jeunes aux USA

Balances bénéfices / risques

Ce que l’on sait aujourd’hui avec certitude grâce à des milliers d’études :

  • le tabagisme tue un consommateur sur deux (en moyenne 15 ans de vie en moins). Il a fait et fait encore des centaines de millions de morts.
  • l’addiction à la cigarette est très forte (équivalente à l’héroïne) et il est très difficile de s’en sortir.
  • le vapotage n’a provoqué ni mort ni malade avec les produits “standards” et controlés de la recette “normale” et universelle du e-liquide avec ou sans nicotine. Les seuls “doutes” qui subsistent aujourd’hui sont uniquement produits en laboratoire, sans aucune confirmation en population réelle alors que plusieurs millions de personnes vapotent dans le monde depuis plus de 10 ans.
  • Les derniers incidents “maladie mystérieuse” aux USA sont dus à la consommation de produits frelatés issus du marché noir, le responsable est l’huile utilisée pour diluer du THC.
  • le rôle de la nicotine dans l’addiction à la cigarette est avéré, et il est également démontré que ce rôle est “dopé” par d’autres produits issus de la combustion et par les techniques de traitements et fabrication des industriels du tabac.
  • le pouvoir addictif de la nicotine par d’autres voies d’administration que la fumée est beaucoup plus flou, que ce soit avec le vapotage ou les substituts nicotiniques.
  • la nicotine est par contre un outil reconnu pour aider les fumeurs à arrêter la cigarette dans le cadre d’une consommation alternative à la fumée (substituts, vapotage, SNUS…). Le vapotage est l’outil qui s’est le plus développé ces dernières années, des millions de fumeurs ont arrêté de fumer en l’essayant.

Donc pour résumer, d’un côté un produit assurément mortel et provoquant une addiction très forte. De l’autre, un produit qui permet d’en sortir et qui ne soulève que des “doutes” depuis plus de 10 ans sans aucune certitude malgré des études de plus en plus nombreuses. La documentation scientifique et médicale est tellement importante aujourd’hui que certains gouvernements (Royaume-Uni, Nouvelle-Zélande) n’hésitent pas à recommander le vapotage par principe de précaution par rapport aux dégâts de la cigarette.

Les inquiétudes pour les jeunes

La question de la moindre nocivité et le principe de précaution pour les fumeurs ne trouve plus aucun contradicteur crédible. De ce fait, on peut regretter que les agences de santé du monde entier ne diffusent pas des messages clairs. La perception des risques du vapotage Vs tabac est totalement biaisée dans la population. Santé Publique France l’a annoncé il y a quelques mois (pour tous les détails, lire ce communiqué de l’association SOVAPE).

Depuis de nombreux mois maintenant, la défiance sur le vapotage s’est donc déportée sur la question des jeunes :

  • ils seraient de plus en plus nombreux à expérimenter le vapotage
  • les goûts “bonbon” ou “fruités” seraient spécialement conçus par les fabricants pour les attirer
  • le vapotage créerait une addiction à la nicotine
  • cette addiction conduirait à entrer dans la consommation de tabac fumé (théorie de la passerelle).

Sur l’effet passerelle, il suffit de remonter un peu la page et constater les chiffres aux USA. Ça fait des années que cette théorie alimente la défiance sur le vapotage. Force est de constater que le tabagisme des jeunes n’augmente pas. Au contraire, il baisse et selon les chiffres préliminaires de la FDA, ils atteignent même un record historique en 2019 à moins de 6%.

Sur la création de l’addiction à la nicotine, il n’y a aucune certitude aujourd’hui lorsque l’on parle des modes de consommation alternatifs. Les alarmistes sur ce point ne se réfèrent qu’à des études sur le tabac. De plus, il est avéré aussi que de nombreux jeunes n’utilisent pas de nicotine lorsqu’ils vapotent.

Sur les goûts “sucrés”, le rapport de la FDA est bien clair, les “fruités” et les “menthol” sont effectivement, et de loin, les saveurs préférées des jeunes consommateurs. Il peut donc être admis que cela puisse être une donnée marketing pour les fabricants qui souhaiteraient attirer les jeunes, mais à contrario, on peut également se réjouir que la tentation du tabac s’éloigne aussi, et donc la question de la porte d’entrée en tabagisme. Pourquoi vouloir passer d’un goût “sympa” à l’horrible cramé de la cigarette ?

Sur l’expérimentation enfin, les chiffres sont limpides et finalement très logiques. Rappelons que expérimentation ne veut pas dire consommation quotidienne. Les jeunes, expérimentent par nature, drogues, alcool, tabac, et donc… vapotage. Ce qui est inédit, c’est que l’essor considérable d’un nouveau produit provoque la quasi extinction d’un autre. Et semble t-il (regardez à nouveau le graphique) : inexorablement.

Si l’on veut être très pragmatique, le vapotage – beaucoup moins dangereux que le tabagisme – se développe chez les jeunes (attention on parle des USA !), mais parallèlement le tabagisme – mortel – s’effondre. Les faits sont sous nos yeux, le vapotage n’est pas une porte d’entrée au tabagisme, au contraire, il semblerait bien que ce soit un repoussoir, voire un rempart.

Transposons à la France ? Nous savons que le vapotage se développe beaucoup moins chez les jeunes. Nous savons aussi que notre taux de tabagisme est de 25% chez les jeunes, alors qu’il est passé sous les 6% aux USA. Dont acte.

Supprimer les arômes, bonne ou mauvaise mesure ?

Après les déclarations de Donald Trump, l’interdiction à San Francisco et dans le Michigan, c’est maintenant la ville de New-York qui prend la décision en urgence d’interdire la vente de e-liquide aromatisés, sauf les goûts tabac et menthol. Pire encore, on apprend aujourd’hui que l’Inde (accessoirement 3e au rang des pays producteurs de tabac) vient de complètement interdire la vape !

Sur la question des jeunes, l’interdiction des arômes hors tabac auraient donc pour objectif de réduire la tentation, et donc réduire le nombre d’expérimentateurs de la vape. Les services de santé se posent-ils ces questions :

  • est-ce que ne donner accès qu’au goût tabac, ce n’est pas rapprocher ceux qui vapoteront quand même de la vraie cigarette ?
  • que vont faire ceux qui voudront persévérer avec des goûts sympa. Ne risquent-ils pas de se tourner vers le marché noir ?

Pour rappel, les derniers évènements aux États-Unis ont été provoqués par des produits issus justement du marché noir. C’était dans le but de consommer du THC, et l’on voit bien les résultats mortels d’une politique de prohibition. On peut se poser la question de l’efficacité de cette ligne politique du tout interdit. Ainsi en France, parce que le cannabis est prohibé, il est quasiment impossible d’expliquer aux usagers que la consommation vapée (avec des produits adaptés) est beaucoup moins dangereuse que fumée, en évitant la combustion et en évitant de tomber dans l’addiction au tabac. Bien sûr, ce n’est pas évalué, mais de nombreux jeunes deviennent fumeurs simplement par suite de l’expérimentation du cannabis (fumé).

En supprimant les arômes (hors tabac), les autorités de santé américaines veulent donc réduire l’expérimentation du vapotage. Avec les données que nous avons sous les yeux, il semble évident que cela risque de provoquer une remontée du tabagisme. On peut d’ailleurs s’attarder sur ce chiffre du tabagisme en 2018. Il avait légèrement augmenté par rapport à 2017. Que s’est il passé en 2018 aux États-Unis ? Certes, le vapotage a continué son essor, mais aussi pour qui creuse un peu, cette année a été marquée par la diffusion d’une énorme campagne de communication anti-vape pour effrayer les jeunes. Une action menée par la Tobacco Free Kids, cette organisation de lutte contre le tabagisme chez les jeunes mais qui consacre tous ses moyens à une croisade anti-vape, prenez 30 secondes pour visionner ce spot de pub ahurissant “Vape is an epidemic”.

Résumé

On a enfin trouvé une solution efficace pour lutter contre le tabagisme. Non seulement pour aider les fumeurs à arrêter, mais aussi pour éviter massivement de commencer. On en a tous rêvé ! Mais :

Aux États-Unis, les résultats sont sous nos yeux et les décisions de la FDA visent (volontairement ? Pourquoi ?) à enrayer le phénomène.

En France, par principe de précaution, on se satisfait des 25% de fumeurs quotidiens à 17 ans.

Question : en quoi la réduction des risques constitue t-elle un risque ? Ça ferait un bon sujet de philo…

 

 

 

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