On était habitué à voir “Êtes-vous fumeur ?” sur les questionnaires de santé liés aux assurances de prêt, pour les contrats de mutuelles ou de prévoyance. Désormais, la vape apparaît, quels sont les enjeux ?

Fumer est un risque lourd. Une chance sur deux de mourrir prématurément des suites d’une maladie causée par le tabac. Les assurances prennent en compte ce risque depuis des années pour calculer leurs primes. Depuis quelques temps, sur les questionnaires de santé pour un prêt immobilier ou professionnel, on voit apparaître des questions sur la vape. Cela arrive aussi sur les questionnaires pour les contrats de mutuelle ou de prévoyance…

Selon comment la question est posée, l’enjeu n’est pas du tout le même. Que ce soit pour l’assuré ou pour la compagnie d’assurance. C’est un sujet très sérieux, mais qui est traité de façon très inégale par les assurances, limite à la légère. Celles-ci feraient d’ailleurs bien de s’intéresser un peu plus précisément au sujet. En effet, les questions de santé sont très clairement réglementées. Par exemple, les assurances n’ont plus le droit de s’intéresser à la santé des aïeuls… Est-ce que les questions liées au vapotage sont fondées, et donc légales ?

Voici donc les différents cas, et les questions qu’ils soulèvent.

Êtes-vous fumeur ?

Vaper n’est pas fumer. Ce cas est très simple, le vapoteur n’est pas fumeur s’il ne consomme plus aucune cigarette. Donc pas de soucis, on coche “non” et il n’y a aucun de débat possible.

Êtes-vous fumeur ou consommateur de cigarette électronique ?

Ainsi formulée sous la forme d’une question unique et inclusive, cela indique que l’assurance amalgame le vapotage et le tabagisme. Clairement, elle appliquera les mêmes conditions au vapoteur ou au fumeur. Que ce soit en termes de primes ou de prestations pour les garanties. Cette formulation pose un véritable problème. Si les méfaits du tabac fumé sont largement prouvés et peuvent impacter les assurances, il n’y a aucune information sur les méfaits de la vape. Au contraire, de nombreuses études s’accumulent et aucune nocivité avérée ne tend à être démontrée. Le doute ne fait que diminuer au fil des publications.

Pour ma part, je me suis trouvé confronté à cette question, et j’ai répondu non.

  • Premièrement, parce que j’estime que je n’ai pas à “subir” les conditions qui s’appliquent aux fumeurs (je cochais bien sûr “oui” il y a 5 ans).
  • Deuxièmement, parce qu’il serait bien difficile aujourd’hui, pour qui que ce soit de détecter, que je suis vapoteur. Il faudrait déjà que je vape avec de la nicotine, et dans ce cas, même un test à la cotinine n’est valable que dans les 48 à 72h maxi. Il suffit alors de ne pas vaper pendant quelques jours ou simplement de déclarer que l’on prend des substituts nicotiniques.
  • Et troisièmement surtout ! Comme la question ne fait aucune “différence” entre fumer et vapoter, un médecin qui lirait mon questionnaire de santé ne saurait pas si je suis fumeur ou vapoteur. Il pourrait donc me prendre pour un fumeur !! Inadmissible. A mon avis, en cas de conflit devant la justice, ça ne tient pas.

“Êtes-vous fumeur” ou “Êtes-vous vapoteur ?”

Dans ce cas il y a deux questions, bien séparées. Sur la question fumeur, c’est non si on est simplement vapoteur. Mais sur la question vapoteur, c’est beaucoup plus vicieux. Dans ce cas, les assurances ne prennent pas le risque (énorme) de se voir taxer de confusion entre fumer et vapoter.

Or, derrière la simple question “Êtes-vous vapoteur ?” il y a finalement plusieurs informations. Basiquement, est-ce que la personne vapote, et comme vu précédemment, quels sont les risques réels, est-ce que cela va / doit jouer sur la prime et les prestations. Question à poser à l’assureur.

Mais ce n’est pas tout… On sait aujourd’hui que la plupart des vapoteurs sont des ex-fumeurs. La réponse à la question donne donc une nouvelle information “en creux”. Dans la question “Êtes-vous vapoteur ?”, on peut aussi lire “Avez-vous été fumeur ?”. Et là, on se trouve face à un véritable soucis. En effet, pour ma part, je n’ai jamais vu un questionnaire de santé demander si j’avais été fumeur. La question a toujours été au présent, à la date où je signe, suis-je fumeur ? Point. Alors avec cette question, les assurances s’autorisent-elles à ajuster leurs tarifs sur un “passif” tabagique ? Et que ces conditions “ancien fumeur” ne soient appliqué qu’aux vapoteurs ? Je n’ai jamais vu non-plus de question “Prenez-vous des patchs ?”…

Aggravant. Certes la “plupart” des vapoteurs sont des ex-fumeurs, mais il y aussi un petit pourcentage de personnes qui vapent mais qui n’ont jamais fumé. Est-ce que ces personnes vont se retrouver avec des contrats à des conditions “ex-fumeur” ? Si tant est que ce soit légal…

Question de société, santé publique et enjeu économique

Encore une fois, la vape a pris tout le monde de court. Essor ultra rapide, confusion, amalgame… Très clairement, les questionnaires de santé des assurances soulèvent de grandes interrogations. Le sujet n’est pas traité suffisamment sérieusement et avec tous les tenants et aboutissants. Il n’y a, semble t-il, même pas de consensus entre tous les acteurs, chacun fait à sa sauce…

Au-delà du soucis de poser une question qui n’a aujourd’hui aucun fondement sanitaire solide pour évaluer un quelconque risque, les assureurs contribuent à entretenir le climat anxiogène autour de la vape. Et oui Germaine ! Si l’assurance pose la question, c’est bien que ça ne vaut (peut-être) pas mieux que le tabac !!

L’enjeu économique est considérable, au-delà de la question posée à l’instant T, combien d’ex-fumeurs pensent à renégocier leur contrat d’assurance lorsqu’ils ont arrêté ? Côté assurances, une meilleure considération du statut des vapoteurs pourrait-elle être un avantage concurrentiel ?

Si les autorités de santé se cloitrent toujours dans un déni incroyable du phénomène de la vape avec aucune recommandation claire et officielle, les acteurs économiques comme les compagnies d’assurances ne sont pas passées à côté, mais peut-être serait-il temps de prendre le sujet un peu plus de recul et d’envergure…