Dix ans après ses premières recommandations sur le vapotage, la HAS vient de publier une note de cadrage qui prépare et annonce une mise à jour pour la fin d’année 2024

La HAS a été saisie en septembre 2021 par la Direction Générale de la Santé et la Société Francophone de Tabacologie (SFT). Deux ans plus tard (hier, juillet 2023), l’institution publie la note de cadrage du travail pour répondre à cette sollicitation. La « cigarette électronique » n’est pas dans le titre mais elle occupe presque tout le texte. Comme pour le précédent en 2014, il s’agira donc des recommandations sur le vapotage par la HAS, 10 ans après celle de 2014.

Le document publié par la HAS est visible ici : reco_actualisation_arret_tabac.pdf – Arrêt de la consommation de tabac : Du dépistage individuel au maintien de l’abstinence en premiers recours – Actualisation

Sur le principe, c’est une bonne nouvelle. Entre 2014 et 2024, 10 ans sont passés, la littérature scientifique s’est considérablement épaissie avec plus de 10 000 études en tout genre. La HAS va donc rendre un avis dans un contexte de connaissances beaucoup plus riche qu’à l’époque où le vapotage surgissait à peine. Pour moi qui suit assez bien le sujet, ça me rassure si tant est que le groupe de travail s’y attelle sérieusement.

Le calendrier annonce la présentation du projet en commission pour octobre 2024, avec validation par le collège le mois qui suit, novembre. Il est probable que les médecins qui se réfèrent à la HAS auront accès à ces nouvelles recommandations sur le vapotage en début d’année 2025.

Une note de cadrage inquiétante, et pas d’info sur les experts

La HAS se met donc au travail. Si je comprends bien, tout reste à faire. À commencer par convoquer le groupe de travail. Je n’ai aucune idée du niveau de transparence / opacité de cette institution, et si les membres seront annoncés. En effet, selon les noms qui apparaitront dans la liste, il y aura matière soit à se rassurer, soit à renforcer les lourdes inquiétudes que suscite par avance la note de cadrage.

Je n’ai pas le courage de reprendre point par point les 12 pages dont plus de la moitié sont consacrées au vapotage. J’en ai vraiment marre de passer des heures à déconstruire la désinformation et le dénigrement. C’est justement le boulot d’une institution comme la HAS, de tirer le vrai du faux, et travailler pour la santé publique. Pour l’instant, tout est écrit sous l’angle des risques (hypothétiques) et rien sur la bénéfices (largement constatés). On voit d’où ça vient, on suit ces inepties à la trace. Les auteurs de la note ont principalement copié / collé la publication du ministère de la santé, elle-même copiée / collée du dernier avis du Haut Conseil pour la Santé Publique (HCSP) qui avait fait hurler de nombreux spécialistes du vapotage et du tabagisme, à lire ici : Sur la cigarette électronique, le Haut Conseil de la santé publique a une position “antivape” avec des arguments “antivax”.

Hormis le déni des évidences, comme l’aide à l’arrêt qui est démontrée scientifiquement par la méta-analyse COCHRANE sur 78 études (la cigarette électronique dans le sevrage tabagique : niveau de confiance élevé), comme l’effet passerelle démenti par les travaux de l’INSERM (Etude de l’INSERM: les ados qui vapotent en premier ont 42 % de risque en moins d’être fumeur quotidien à 18 ans) et de l’OFDT, comme la réduction des risques évidente même pour les femmes enceintes, le principe de précaution étant de ne surtout pas fumer, quitte à vapoter, et pas le contraire… On voit aussi passer la question des arômes, ou encore (c’est une des perles de la note) la question d’une nicotine qui serait inoffensive dans les substituts nicotiniques mais toxique quand elle est vapée.

Et je ne peux m’empêcher de citer cette phrase. C’est un monument : « Ces produits [ndlr du vapotage] ou leurs émissions peuvent contenir des substances toxiques ou potentiellement toxiques et leurs effets sur la santé à long terme sont insuffisamment connus. » À méditer, dans 1000 ans cette phrase marche encore pour semer le doute indéfiniment.

Je suis enfin perplexe de voir le Comité National Contre le Tabagisme et l’Alliance Contre le Tabac invités au cœur de la note d’une institution que je pensais indépendante pour que soient présentés leurs « plans ». Surtout quand on voit quelles méthodes ils emploient pour appuyer leurs positions : Debunk du sondage de l’Alliance contre le tabac sur les puffs et les adolescents.

Pourquoi alors les acteurs du vapotage n’ont pas d’ors et déjà été consultés eux-aussi pour proposer des axes de travail sur cette note de cadrage ? Sur le principe, c’est inquiétant et anormal. Comme si en 2020, le gouvernement n’avait demandé que l’avis des antivax pour statuer sur la vaccination.

Risque de mentir aux médecins et de les appeler à maltraiter leurs patients, en particulier les femmes enceintes

Pour ces nouvelles recommandations sur le vapotage, si la Haute Autorité de Santé s’en tient aux axes et supputations douteuses de la note de cadrage et ne fait pas l’effort de consulter plus large que les organisations fondées sur la lutte contre le tabagisme, qui n’ont absolument rien vu venir sur le vapotage, qui ne le comprennent apparemment pas, et qui s’estiment pourtant les seuls compétents pour en parler, alors l’avis sera très négatif, et s’il confirme celui du HCSP, cela conduira à mentir aux médecins et les enjoindre à maltraiter les femmes enceintes et tous leurs autres patients en leur refusant un accompagnement s’ils ont l’outrecuidance de préférer le vapotage même s’ils n’ont pas échoué avant avec d’autres méthodes « validées ».

Il y a quelques jours, le Pr Dautzenberg a encore signalé le cas d’une de ses patientes qui avait arrêté de fumer avec la vape mais qu’un gynéco a repoussé dans le tabagisme en l’enjoignant à arrêter le vapotage.

Capture sur Twitter le 30 juin 2023

La note de travail est très orientée antivape, certains passages font sauter au plafond compte-tenu des connaissances, des évidences, voire des certitudes que l’on a aujourd’hui. Il faut vraiment compter sur la capacité de discernement du groupe de travail afin que la nouvelle recommandation n’aille pas à contre-courant de la science (en vérifiant bien[1]). Et surtout que les médecins de France qui font confiance à l’institution ne se retrouvent pas à devenir les instruments d’une ligne politique qui confond religion et santé publique.

Le Royaume-Uni est très en avance sur la France. 12 % de fumeurs contre 30 % chez nous. Avec le plein soutien du premier ministre Rishi Sunak (voir ici : Faire passer les fumeurs au vapotage au cœur de la santé publique britannique), le ministre de la santé Neil O’Brien a annoncé une grande opération Swap to stop qui consiste entre autre à offrir un kit de vapotage gratuit à 1 million de fumeurs, en leur donnant le choix sur le matériel, le taux de nicotine et les arômes (voir ici en détail le plan Swap to stop : Le Ministère de la santé britannique va distribuer un million de vapes pour accélérer la fin du tabagisme).

Le succès des britanniques en matière de lutte contre le tabagisme et leurs projets de saisir à plein l’opportunité du vapotage devrait interpeller la Haute Autorité de Santé. Rappelons l’appel lancé par SOVAPE et soutenu par 120 médecins : Appel aux médecins à soutenir l’opportunité du vapotage pour la lutte contre le cancer.

Médecins et acteurs de la vape, il faut se mobiliser

Cette annonce de la Haute Autorité de Santé devrait interpeller les médecins qui connaissent le vapotage, sur le terrain auprès des fumeurs et qui portent dessus un regard objectif sur les bénéfices / risques. Ils devraient contacter l’institution.

Cette annonce doit aussi motiver encore plus tous les acteurs de la vape à diffuser la pétition Merci la vape, pour continuer à collecter de nombreuses signatures (on a passé les 30 000 hier), des réponses au questionnaire et des témoignages qui nourriront un livre blanc sur le vapotage : PNLT, TED et TPD à l’Europe, COP 10 de l’OMS, la vape est gravement menacée.

Depuis 2019 la baisse brutale du tabagisme de 15 % depuis 2013, entrainée par l’essor du vapotage avec un pilotage bienveillant et pragmatique de la DGS de l’époque par le Pr Benoit Vallet, s’est complètement arrêtée alors que le dénigrement et la diffusion de fausses informations s’est amplifié, pour ne pas dire organisé à partir de 2017/2018. La HAS signale bien ces mouvements brusques sur la prévalence, mais dans la note de cadrage en tout cas, pas un mot sur une corrélation évidente avec le vapotage alors que les données Santé Publique France et l’Eurobaromètre n’en laissent aucun doute.

Il est temps que tout ça soit mis sur la table, espérons que la Haute Autorité de Santé en aura le courage.

[1] Petit PS à propos du HCSP

L’autre jour, pour un RDV important, j’ai relu la note de l’association SOVAPE pour préparer sa réponse au HCSP qui l’avait consulté pour rendre son avis de 2022 (à télécharger ici : SOVAPE ne partage pas l’avis du HCSP, l’association rend public ses travaux). Et j’ai tilté sur ce passage : vérifier avec la plus grande précaution les études les plus alarmistes, en écartant celles qui ont été rétractées[7] malgré de grandes effusions médiatiques. Des crises cardiaques qui ont lieu plusieurs années avant que les individus ne commencent à vapoter, ne peuvent évidemment pas être imputables au vapotage.

La référence [7] signale précisément cette étude rétractée : Retraction to: Electronic Cigarette Use and Myocardial Infarction Among Adults in the US Population Assessment of Tobacco and Health.

Pourtant l’avis du HCSP cite cette étude…

Voilà, voilà.

 

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