Chez nos voisins anglais le tabac est une question de santé publique. En France, on préfère s’occuper de l’avenir des buralistes avec le rapport Barbier.

C’est assez cocasse ! La France bat des records en matière de tabagisme, plus de 30% de fumeurs, 78 000 morts par an, un jeune sur trois qui fume, mais la priorité pour la majorité gouvernementale, c’est : l’avenir des buralistes. On nous a donc présenté hier le rapport Barbier !

Élections, radars et manifestations…

Humour noir, le 2 novembre, le jour des morts, les buralistes promettent une énorme manifestation partout en France contre le paquet neutre. Après les radars cet été, et à l’approche des élections régionales, scrutin local par excellence, comment ne pas se dire que ce rapport Barbier pour l’avenir des buralistes n’est qu’une manœuvre politique pour essayer de calmer cette “base” traditionnellement considérée comme un vecteur d’opinion majeur.

On retrouve donc parmi les 30 recommandations tout ce que revendiquent les buralistes : paquet neutre version TPD avec seulement 60% de la surface, gel des prix en 2016, aides financières, consolidation du monopole en interdisant la vente de cigarettes dans les bars, restaurants, discothèques, ainsi que le papier à cigarette ailleurs que dans les bureaux de tabac, lutte contre la contrebande évidemment, amélioration des marges et de la rémunération, fond de soutien aux buralistes en difficulté, presse, jeux, timbres fiscaux, etc… Que du bonheur !

> Voilà le rapport complet en .pdf

Contrepartie des buralistes ?

Rien. Nada. Nib. Même pas des petits contrôles supplémentaires concernant la vente aux mineurs ? Rien du tout. Barbier rase gratis ! Pour l’augmentation des prix et le paquet totalement neutre, le rapport recommande de s’en remettre à l’Europe, où comment repousser les échéances aux calendes grecques…

Nouvelle idée !

Non content de gaver ses ouailles, préposés à la collectes des taxes du tabac, le rapport Barbier propose une grande nouveauté : la vente de substituts nicotiniques ! Au prétexte que : La première personne que le fumeur rencontre est en effet son buraliste. Ou encore : Le bureau de tabac est un allié de la santé publique. Texto. Oui, vous avez bien lu, c’est pas une blague !

Cette mesure aussi ahurissante que déconcertante entrainerait pour “compensation” le remboursement intégral des substituts nicotiniques nécessitant conseil, et qui resteraient donc vendus en pharmacie. Allez hop, ça c’est cadeau au passage pour l’industrie pharmaceutique…

Vous en voulez encore ? Passons à la cigarette électronique…

Avant d’aborder le sujet, il est intéressant d’aller consulter à la fin du rapport Barbier la “liste des personnes auditionnées”. Cherchons l’AIDUCE, ou la FIVAPE. Mauvaise pioche… Pour la cigarette électronique électronique on trouve Fontem Venture (Imperial Tobacco) et Innovative So Good (un spécialiste de la ego pour bureau de tabac).

Le rapport Barbier affiche une véritable déception. Force est de constater que la cigarette électronique existe et se développe, mais les vapoteurs ne sont que 22% à se fournir chez les buralistes. Pas bien. Enorme regret semble t-il, citons le rapport, les commerçants de la vape apprécieront : La signature d’un contrat d’exclusivité est difficile à imposer, notamment parce que d’autres commerces spécialisés se sont installés à l’arrivée de l’e-cigarette sur le marché. Dommage !

Recommandation 12 : Encourager la vente de la e-cigarette chez le buraliste. Sorte d’incantation, parce qu’en fait, si les vapoteurs préfèrent acheter leurs produits chez des spécialistes, il y a peut être des raisons ?

Effet comique, mais qui révèle tristement la légèreté, avec laquelle, une fois encore, on parle de la vape. L’étude de la DGCCRF qui a défrayé la chronique il y a quelques semaines, est citée en unique référence, avec les mêmes dérives d’interprétation que dans les médias. Recommandation 13 : améliorer l’information sur les étiquettes Merci du conseil. Peut-être qu’auditionner la FIVAPE et l’AIDUCE aurait permis d’apprendre l’existence d’une certaine norme AFNOR ?

Dernier point sur la cigarette électronique. L’argumentation est totalement obscure mais attention, la recommandation, elle, tout à fait claire, peut faire très mal. Citons encore : Enfin, pour de ne pas subir le commerce parallèle et à l’image des produits du tabac, la e-cigarette et les liquides qui l’alimentent pourraient d’ici cinq ans, faire l’objet d’une traçabilité. Recommandation 14 : Mettre en place la traçabilité de la e-cigarette et les recharges de liquide, d’ici cinq ans.

En clair, tout faire pour la vape tombe dans le giron des bureaux de tabac, que le marché puisse être verrouillé, contrôlé et tracé. Il ne restera plus qu’à se partager le gâteau. Bénéfices pour les buralistes, taxes pour l’état. Bien vu.

Réduction des risques

À toutes fins utiles, maintenant que les buralistes sont satisfaits, si jamais la santé publique pouvait de nouveau intéresser nos politiques (on peut rêver ?), la FIVAPE et l’AIDUCE proposent un colloque le 28 octobre. On y parlera de nos voisins anglais et de la situation en France, avec les vrais spécialistes de la e-cigarette. De quoi peut-être gagner en compétence sur la vape, comprendre son formidable potentiel de réduction des risques et parler un peu de l’avenir des fumeurs :

> Le premier sommet de la vape en France

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