Le 7e rapport annuel du Public Health England sur le vapotage offre un point de vue très pragmatique et qui ferait bien d’inspirer tous ceux qui prétendent œuvrer à la lutte contre le tabagisme.

Plus de 200 pages. Dirigé par Ann McNeill, le rapport annuel du Public Health England est un immense travail de recherche et de veille de l’information afin de restituer le plus objectivement possible la situation du vapotage en Angleterre, mais par extension au monde entier.

Une fausse perception des risques qui nuit à la lutte contre le tabagisme

Ce travail entre dans le cadre de l’objectif d’un pays “sans fumée” en 2030. Avec une prévalence en baisse constante et qui se situe actuellement entre 13,8 % et 16 % selon les sources, les anglais sont sur la bonne voie. Mais pour la première fois, les auteurs du rapport sur le vapotage tirent la sonnette d’alarme. La perception des risques vape Vs tabac se dégrade et ce sont donc moins de fumeurs qui se tournent vers le vapotage pour tenter d’arrêter de fumer. Afin de bien appuyer leur avis, les auteurs ont dépouillé les chiffres pour affirmer que ces dernières années, le vapotage est l’outil numéro 1 pour réduire le nombre de fumeurs, devant les substituts nicotiniques. D’après leurs données, 50 000 personnes par an, qui sinon, n’auraient pas arrêté de fumer, sortent du tabagisme grâce au vapotage.

Un danger pour les jeunes non vérifié

L’Angleterre est un des pays au monde où le vapotage est très populaire, notamment grâce à des pouvoirs publics très bienveillants. Pourtant malgré cette ambiance “positive”, les chercheurs n’ont constaté aucune épidémie de vapotage chez les jeunes, ils sont seulement 0,8% à vapoter sans avoir jamais fumé. Ils soulignent aussi que le dénigrement de la vape avec ce prétexte est très nuisible aux fumeurs qui ont besoin d’aide pour arrêter.

Vu depuis la France

Depuis 2015, chaque année le Public Health England finance et publie un rapport sur le vapotage (+ de 200 pages de recherches à chaque fois). En France, le denier rapport commandé par une ministre de la santé (Marisol Touraine) remonte à 2013. 8 ans ! Et depuis, plus rien…

En 2016, le Directeur Général de la Santé, le Pr. Benoit Vallet, avait crée un Groupe de Travail Vapotage. Il a été dissous (sans que les participants ne soient d’ailleurs prévenus) à l’arrivée de Agnès Buzyn en 2017. Malgré plusieurs demandes émanant des associations, le nouveau ministre, Olivier Véran ne l’a pas réactivé.

Comme en Angleterre, Santé Publique France a bien constaté que de nombreux fumeurs ont réussi à arrêter de fumer grâce au vapotage (700 000 jusqu’en 2017 – On a du mal en France à produire des chiffres “frais”). Comme en Angleterre aussi, la défiance face au vapotage se nourrit d’une perception des risques erronée (Voir sondage BVA / SOVAPE – En France, c’est une association sans presque aucun moyen et non subventionnée qui produit ce type d’information capitale).

La question du vapotage et des jeunes a été étudiée en France, en particulier par l’INSERM, en plus d’un taux de prévalence très bas, les chercheurs de l’institut ont pu démontrer que les jeunes qui expérimentent le vapotage en premier, en opposition à la cigarette fumée en premier, ont 42% de chances en moins de devenir des fumeurs réguliers. Plus d’info ici.

La vape, une opportunité mal exploitée pour la lutte contre le tabagisme ?

Au-delà des nuances inhérentes à chaque pays, nous sommes peu ou prou exactement dans la même situation en France et en Angleterre, et probablement un peu partout dans le monde (sauf dans les pays ou le vapotage est prohibé par des autorités corrompues).

C’est établi, le vapotage est la meilleure solution jamais inventée pour la lutte contre le tabagisme. MAIS, la perception des risques vape Vs tabac fumé (fausse) induite pas des réglementations coercitives au prétexte de porte d’entrée pour les jeunes (non vérifiée), provoque un “frein anxiogène” à l’expérimentation de la vape par les fumeurs pour arrêter de fumer. En clair, un “filon” extraordinairement efficace est sous exploité au détriment de la santé publique.

Aggravant, les anglais montre que l’utilisation du vapotage en association avec une aide globale dans Stop Smoking Services permet d’obtenir la réussite sur 74% des tentatives d’arrêt en 2020 ! Cela veut dire que si les pouvoirs publics prenaient le vapotage juste pour ce qu’il est (arrêter les fantasmes et les mensonges) et décidaient de s’en servir promptement pour aider les fumeurs, ce sont des millions de personnes qui pourraient sortir du tabagisme en un temps record.

Pour aller plus loin

Ci-dessous, voici la traduction du communiqué de presse de Public Health England à propos du 7e rapport annuel sur le vapotage. La publication originale se trouve ici : Vaping better than nicotine replacement therapy for stopping smoking, evidence suggests

Selon les données disponibles, la vapotage est plus efficace que les substituts nicotiniques pour arrêter de fumer.

Constatant que le nombre de vapoteur atteint un plafond en Angleterre, il se pourrait qu’une perception des risques incorrecte décourage les fumeurs à utiliser le vapotage pour arrêter de fumer.

Le septième rapport indépendant de Public Health England (PHE) sur le vapotage en Angleterre, réalisé par des chercheurs du King’s College de Londres, a conclu que :

  • les produits de vapotage avec nicotine étaient l’aide la plus populaire (27,2 %) utilisée par les fumeurs essayant d’arrêter en Angleterre en 2020
  • on estime qu’en 2017, plus de 50 000 fumeurs ont cessé de fumer à l’aide du vapotage qu’ils auraient, autrement, continué à fumer
  • 38% des fumeurs en 2020 pensent que vapoter est aussi nocif que fumer et 15% pensent que c’est plus nocif
  • l’utilisation du vapotage dans le cadre d’une tentative d’arrêt dans les services locaux d’aide au sevrage tabagique a connu l’un des taux de réussite les plus élevés en matière d’arrêt du tabac : entre 59,7 % et 74 % en 2019 et 2020

Le rapport examine en profondeur les dernières preuves d’efficacité des produits de vapotage avec nicotine pour aider les gens à arrêter de fumer. Il fait également le point sur l’utilisation du vapotage avec nicotine chez les jeunes et chez les adultes, et examine les données sur la perception du risque par la population.

Le coronavirus (COVID-19) a probablement eu un impact sur les comportements tabagisme / vapotage chez les adultes et les jeunes. Toutefois, il est encore trop tôt pour évaluer l’effet total de la pandémie, la plupart des données examinées dans ce rapport étant antérieurs à la crise sanitaire.

En Angleterre, en 2020, les produits à base de nicotine vaporisée étaient l’aide la plus populaire chez les fumeurs qui essayaient d’arrêter de fumer, avec 27,2 % des fumeurs utilisant la vape avec nicotine contre 18,2 % utilisant des substituts nicotiniques (tels que les patchs et les gommes) et 4,4 % utilisant le médicament sur ordonnance qu’est la varénicline.

Les données recueillies au fil des ans suggèrent qu’à mesure que l’utilisation du vapotage dans les tentatives d’arrêt augmente, le nombre d’arrêts réussis en Angleterre augmente également. On estime qu’en 2017, plus de 50 000 fumeurs ont arrêté de fumer à l’aide de la vape et qu’ils auraient sinon continué à fumer. Les données issues d’études systématiques réalisées depuis le rapport de PHE de 2018 montrent que les produits de vapotage sont nettement plus efficaces pour aider les gens à arrêter de fumer que les TSN (substituts nicotiniques).

Les personnes qui utilisent le vapotage en étant accompagné dans leur tentative d’arrêt les services locaux de sevrage tabagique (Stop Smoking Services) ont l’un des taux de réussite les plus élevés, entre 59,7 % et 74 % entre 2019 et 2020.

La pratique du vapotage a atteint un plateau (plafond) chez les adultes et les jeunes depuis le dernier rapport de PHE en mars 2020.

Environ 4,8 % des jeunes (âgés de 11 à 18 ans) déclarent vapoter au moins une fois par mois – comme l’année dernière – et la plupart d’entre eux sont des fumeurs ou d’anciens fumeurs (seuls 0,8 % des jeunes qui n’ont jamais fumé vapotent actuellement). La prévalence du tabagisme chez les jeunes, y compris ceux qui fument parfois ou plus d’une fois par semaine, était de 6,7 % en mars 2020, tout comme en mars 2019, à 6,3 %. La loi interdit la vente de produits de tabac et de vapotage aux moins de 18 ans, mais des violations de l’âge de vente sont signalées.

Comme l’année dernière, environ 6 % des adultes sont des vapoteurs réguliers, ce qui équivaut à environ 2,7 millions de vapoteurs adultes en Angleterre. La prévalence du tabagisme (fumé) continue de baisser et se situe entre 13,8 % et 16 % selon les enquêtes. La prévalence du vapotage se situe entre 17,5 % et 20,1 % chez les fumeurs actuels, environ 11 % chez les anciens fumeurs et entre 0,3 % et 0,6 % chez ceux qui n’ont jamais fumé. La proportion de fumeurs qui fument également, ou “double usage”, a diminué depuis 2012.

Des inquiétudes subsistent quant à la perception de plus en plus erronée du risque relatif causé par le vapotage, par rapport au tabac fumé. En 2020, 38 % des fumeurs pensaient que le vapotage est aussi nocif que le tabac fumé et 15 % pensaient que c’est plus nocif. Ces chiffres sont en contradiction avec les études d’experts britanniques et américains, qui concluent que l’utilisation de produits à base de nicotine vaporisée réglementée est bien moins nocive que le tabagisme.

Déclarations

Professor John Newton
Director of Health Improvement at PHE

Le tabagisme reste la principale cause évitable de décès prématurés et de maladies – tuant près de 75 000 personnes en Angleterre en 2019. La meilleure chose qu’un fumeur puisse faire est d’arrêter complètement de fumer et les preuves montrent que le vapotage est l’une des aides les plus efficaces pour arrêter de fumer, aidant environ 50 000 fumeurs à arrêter par an.

Des milliers d’autres auraient pu arrêter de fumer si il n’y avait pas de craintes infondées concernant la sécurité des e-cigarettes. Les preuves sont claires depuis un certain temps que, même si elles ne sont pas sans risque, le vapotage est bien moins nocif que le tabac fumé.

Pour tous les fumeurs, en particulier ceux qui ont déjà essayé d’autres méthodes, nous leur recommandons vivement d’essayer le vapotage pour arrêter de fumer – idéalement avec l’aide supplémentaire de leur service local de sevrage tabagique pour avoir les meilleures chances d’arrêter définitivement (Stop Smoking Services).

Le conseil de PHE reste que les fumeurs devraient passer au vapotage pour les aider à arrêter de fumer, mais que les non-fumeurs ne devraient pas s’y mettre. Les produits de vapotage contiennent beaucoup moins de produits chimiques nocifs que les cigarettes, mais ne sont pas sans risques.

Le PHE a commandé un examen complet des preuves de la sécurité des produits de vapotage, qui sera publié l’année prochaine en 2022. Pour mener cette étude, le King’s College de Londres travaille avec un certain nombre de chercheurs du Royaume-Uni et des États-Unis (dont certains ont contribué au rapport sur la cigarette électronique du National Academies of Sciences, Engineering and Medicine’s en 2018).

Professor Ann McNeill
Professor of Tobacco Addiction at King’s College London
Principale auteure du rapport.

Notre rapport rassemble les résultats d’essais contrôlés randomisés, de services de sevrage tabagique et d’études de population et conclut que le vapotage avec nicotine est un moyen efficace d’arrêter de fumer avec succès.

Ce qui est inquiétant, c’est que les fumeurs, en particulier ceux des groupes défavorisés, croient à tort et de plus en plus que la vaporisation de nicotine est aussi nocive que le tabagisme. Ce n’est pas vrai et cela signifie que moins de fumeurs essaient le vapotage.

L’objectif pour 2030 est que l’Angleterre soit un pays sans fumée. L’élaboration d’un nouveau plan de lutte contre le tabagisme et la révision de la réglementation sur le tabac et les produits connexes de 2016, prévue cette année, sont l’occasion de s’assurer que la réglementation relative aux vapotage est appropriée. On espère également que ces règlements aideront les fumeurs à arrêter de fumer, tout en n’attirant pas les personnes qui n’ont jamais fumé.

Deborah Arnott
Chief Executive of ASH

À juste titre, depuis l’apparition des e-cigarettes comme alternative au tabagisme, le gouvernement a cherché à trouver un équilibre entre l’aide aux fumeurs pour arrêter de fumer et la protection des enfants. Comme le montre la recherche ASH incluse dans le rapport pour le PHE, l’utilisation des e-cigarettes chez les 11-18 ans est restée faible jusqu’à présent, mais, en revanche, leur potentiel en tant qu’aide au sevrage tabagique pour les adultes n’a pas été pleinement réalisé.

Alors que nous nous efforçons de parvenir à une nation sans tabac d’ici 2030, il faut faire davantage pour soutenir les fumeurs adultes qui pourraient bénéficier d’un changement de comportement, tout en éliminant les lacunes des lois qui pourraient être utilisées pour promouvoir des produits auprès des adolescents.

Michelle Mitchell
Cancer Research UK’s Chief Executive

Les cigarettes électroniques sont un produit encore relativement nouveau – elles ne sont pas sans risque car nous ne connaissons pas encore leur impact à long terme. Nous décourageons fortement les personnes qui n’ont pas fumé de les utiliser, en particulier les jeunes. Mais les recherches menées jusqu’à présent montrent que le vapotage est moins nocif que le tabac fumé et, comme le souligne ce rapport, elle peut aider les gens à arrêter de fumer. Les effets à long terme des e-cigarettes sont inconnus, mais les méfaits à long terme du tabac sont indiscutables.

Le soutien des services d’aide à l’arrêt du tabac reste le moyen le plus efficace d’aider les gens à arrêter définitivement de fumer. Les services peuvent aider les gens à trouver l’outil qui leur convient le mieux, qu’il s’agisse de la cigarette électronique ou d’un autre moyen, et leur donner les meilleures chances de réduire les risques liés au tabac.

Rappel : Rapport 2020 (6e) du Public Health England sur le vapotage.

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