Mais quel con ! Il y a deux ans, j’étais tranquille, j’étais peinard accoudé à mon paquet de clopes quotidien, qu’est-ce qui m’a pris d’aller acheter une cigarette électronique ?!

Fumer a toujours été un plaisir. Moments difficiles, moments de joies, la cigarette accompagne toutes mes émotions. Jamais en rade, toujours sûr de trouver des clopes, il suffit de repérer une carotte rouge, enseignes publicitaires bien en vues partout, lumineuses souvent, ouvert 7/7 sans besoin d’une loi Macron. Au pire, en ville ou en soirée, il y aura toujours moyen de croiser un autre fumeur. Bref, fumer c’est facile, c’est tranquille, c’est libre. On ne cherche pas trop à s’instruire, parce que ça pique un peu l’amour propre, parce qu’on se sent prisonnier, parce qu’on a quand même un peu peur d’en crever. Mais bon, liberté, liberté chérie… Insouciance, on verra bien. Y’a tellement de clopes que j’apprécie.

Tout a changé depuis que j’ai essayé cette foutue cigarette électronique ! C’était par hasard, il y a presque deux ans, juste pour voir, après une émission à la télé. Que je regarde peu, comme quoi le destin… Je choisis une boutique sur Internet, je m’y rends le lendemain midi, j’essaye, j’achète. Depuis ce jour, je n’ai pas retouché une seule cigarette, ça me dégoûte. Sans effort, sans douleur… et pardon, avec même du plaisir. Me voilà vapoteur, et ma vie bascule…

Moi vapoteur, je m’intéresse enfin au tabac…

Comme tous les fumeurs, il ne fallait vraiment pas m’en parler ! Maintenant, je pourrais presque tenir conférence tellement je me suis renseigné, pour comparer à la vape bien sûr. Composition, métabolisme, comportement, je crois que je sais tout sur le tabac. Je sais que je peux vaper sans peur, c’est tellement évident. Mais je sais surtout que mes 25 ans de tabagisme ne pourront pas être effacés avant de longues années. Le risque d’une saloperie restera là, pendant dix ou vingt ans. Vertige…

Moi vapoteur, je hais les assassins de l’industrie du tabac…

Fumeur, je savais déjà. Un peu. Mais pas trop. Pas envie de me mettre les yeux en face des trous. Elle est tellement bonne cette petite clope. Je veux la garder. Maintenant, libéré du tabac, j’ai lu Golden Holocaust et quantité de publications sur Internet. Comment des hommes et des femmes peuvent-ils à ce point mépriser la vie humaine ? Mentir, manipuler, corrompre, pour de l’argent en tuant sciemment des millions de personnes. Le plus grand génocide de tous les temps… Cette industrie restera à tout jamais une tâche indélébile pour notre civilisation. J’ai honte. Honte de moi, de m’être laissé attrapé. Honte de ma société, de n’avoir rien su faire depuis tant d’années qu’on sait les choses. Avec certitude, depuis 1953, exactement.

Moi vapoteur, j’exècre les médias…

J’avais déjà pas mal de doutes. Pas si naïf quand même. Mais je ne cherchais pas trop loin, et le bruit de fond me suffisait pour ranger mon avis. Persuadé qu’il y avait quand même des journalistes dans tous les médias. Principe, enquêter, raconter. Avec la vapote, jamais de ma vie je n’avais autant creusé un sujet, jamais je ne m’étais rendu compte à quel point le système médiatique pouvait être nocif. Sur certains titres, beaucoup, il n’y a plus d’information, que de la recherche d’audience. Quitte à désinformer, pour alarmer, pour effrayer, pour « buzzer » : omelettes norvégiennes. D’autant que la peur est la meilleure machine à scoop. Le scoop, la machine à fric. En veillant l’information sur un sujet précis, on se rend compte que tout est copié/collé. Et souvent à partir d’une dépêche sans enquête, sans vérification. Je repère parfois quelques journalistes sérieux, mais peu, il y en a si peu. Et ils arrivent toujours après la cavalerie, le temps de se renseigner, forcément. Le mal est fait. A chaque fois que je vape en public, il y a quelqu’un pour me dire que c’est sans doute pire que la clope. Pour me rendre service.

Moi vapoteur, je ne crois plus en l’état…

Légaliste et républicain, j’aime la démocratie. C’est mon éducation. C’est ancré. Quelle désillusion, gravissime…  J’ai lu L’état accro au tabac, et je suis en train de finir Arrêter de nous enfumer. Aucun courage, car « ils » savent ! Mais le tabac rapporte tellement à l’État qu’il vaut mieux cacher à la population que la vape est la meilleure solution jamais inventée pour réduire le tabagisme. Que ça marche. A tel point que c’est une technologie de « rupture » qui pourrait anéantir l’industrie du tabac. Catastrophe pour les finances de l’État. Catastrophe pour le business du cancer. On écrit même la Loi de Santé pour empêcher les innovations et interdire toute publicité ou communication sur le sujet, comme dans certains pays on détruit des antiquités pour effacer l’histoire. Bercy vaut bien une clope, n’est-ce pas François ? C’est plus facile de préserver les 14 milliards de taxes payés par des millions de fumeurs aux dents jaunes (oui, la plupart ont encore des dents…) que de se sortir les doigts pour aller chercher les fraudeurs et gauler les multinationales qui ne payent plus d’impôt.

Et maintenant ?

Je ne tousse plus, je ne sens plus le cendrier, je prends de moins en moins de nicotine, je fais des économies, je me fais même des amis et je monte des projets… Y’a vraiment de quoi être heureux !

Mais je suis amère. J’ai perdu encore un bout d’insouciance. Perdu encore des espoirs d’une société meilleure. Il y a des sujets plus graves ? Oui, peut-être, sûrement, certainement. Mais si tout se passe comme ça ? C’est effrayant. Et ça se passe comme ça. C’est sûr. C’est révoltant.

Décidément, j’aurais jamais dû arrêter de fumer ?