Infirmier à l’Hôpital Saint-Jacques de Nantes (CHU) dans l’unité Dali (psychiatrie), Thierry PELÉ est aussi vapoteur. Ses collègues soignants lui ont emboité le pas, un par un, pour arrêter de fumer. Vapotage et émulation…

C’était début juin 2017, Agnès BUZYN souhaite s’attaquer au problème de tabagisme des professionnels de santé. Au nom de l’exemplarité : La ministre de la santé demande aux soignants de ne plus fumer ! En France, chez les infirmiers, on compte plus de 30% de fumeurs, et ça monte à 44% chez les aide-soignants. Mais au CHU de Nantes, dans l’unité Dali, grâce à la vape, presque plus personne ne fume parmi les soignants.

Interview de Thierry PELÉ (à gauche sur la photo), infirmer et vapoteur, également membre actif de l’association SOVAPE.

Comme le souhaite la ministre, il n’y a plus de soignants fumeurs dans ton service ?

Presque ! Sur un total de 13 soignants, il y avait 10 fumeurs. Désormais, j’ai un collègue vapofumeur qui alterne par périodes, il vape pendant quelques mois, revient à la clope, puis se remet à la vape… Et une collègue « fumeuse occasionnelle », qui s’autorise une cigarette de temps en temps, en soirée, pour une occasion. Tous les autres ont arrêté de fumer ! La dernière en date, c’est Marine (sur la photo) qui a arrêté il y a deux mois, et avec son conjoint. Ils sont passés tous les deux à la vape.

Grâce à toi, tu as réussi à les convaincre ?

Je ne fais aucun prosélytisme ! Je me suis juste contenté d’arrêter de fumer en vapant. Au début, on me regardait bizarrement et j’avais même droit à des réflexions. Les grands classiques : tu ne sais pas ce qu’il y a dedans, tu passes d’une addiction à une autre, etc. Et puis petit à petit, les questions sont venues, j’étais un gros fumeur, j’étonnais. Mon responsable (cadre de l’unité) a été très bienveillant – merci à lui – donc j’ai vraiment pu sortir du tabagisme malgré un environnement où tout le monde fumait.

Dans un hôpital, tout le monde fumait ?!

L’unité Dali est un service de psychatrie, alors les interdictions de fumer, au niveau des patients, c’est le cadet de leur soucis. Même si on a réussi à faire installer un balcon fumeur, c’est très difficile de canaliser et certains patients fument quand même dans leur chambre, impossible de les empêcher, ils ne sont pas là pour arrêter de fumer, malheureusement leurs problèmes sont beaucoup plus compliqués. Nous sommes dans un service « fermé à clef », c’est donc très difficile d’organiser des « pause-clopes », même pour les soignants. Si mon cadre avait été intransigeant, je n’aurais jamais réussi à arrêter de fumer avec la vape. Impossible de prendre un « shoot » comme avec la clope sur le balcon ou dehors en pauses « express », ça ne marche pas. Il me laissait donc vaper en salle de pause…

Donc, tu as passé tous les soignants à la vape ?

J’ai répondu aux questions et j’ai guidé sans forcer. Pierre-Henri (en photo au milieu) est resté vapofumeur pendant deux ans car il n’avait pas vraiment de bon matériel, puis finalement en s’équipant mieux dernièrement, il vape exclusivement, et il ne fume plus. Ça s’est passé au rythme de chacun en douceur avec la vape pour la plupart. Deux personnes ont arrêté de fumer sans rien, et je suis convaincu que c’est un effet par « émulation ». Quand plus personne ne fume dans le service, ça finit par te mettre une sorte de pression, ou au moins de la motivation.

Est-ce que le vapotage des soignants a aussi une influence sur les patients ?

C’est très difficile à quantifier, mais oui, il y a des patients qui vapotent, et il y a des fumeurs qui posent des questions. C’est aussi le cas pour les ASH (agents de soins hospitaliers) , ils tournent beaucoup dans les services, je n’ai pas compté, mais il y en a qui sont arrivés fumeurs et repartis vapoteurs / non-fumeurs.

Est-ce que la hiérarchie de l’hôpital a pris conscience du phénomène ?

Je n’arrête pas de frapper à la porte du service addicto / tabaco. Pour l’instant, je n’arrive pas à obtenir un RDV. Je ne suis qu’un petit infirmier… C’est une des raisons pour lesquelles je suis très heureux d’être désormais membre actif de SOVAPE, je peux repartir à l’assaut avec une autre légitimité. En attendant, j’aborde régulièrement le sujet avec le médecin-somaticien qui passe très régulièrement dans le service. Elle est très observatrice et complètement emballée, elle me demande même régulièrement des magazines VAPYOU pour les distribuer autour d’elle !

Tu pourrais expliquer tout ça à la ministre Agnès BUZYN ?

Avec grand plaisir ! Qu’elle vienne visiter notre service et constater par elle-même, je crois que nous répondons parfaitement à son souhait concernant le « problème » du tabagisme des soignants. Si elle cherche l’exemplarité, nous l’attendons. On devrait se comprendre car elle est médecin et elle a passé beaucoup de temps en milieu hospitalier.