Coordinatrice du Mois Sans Tabac sur la région Occitanie, Marion Mourgues est tabacologue et chargée de projet en santé publique. La vape, elle y croit ! Interview…

J’ai croisé Marion sur les réseaux sociaux et on a eu l’occasion d’échanger au moment du Mois Sans Tabac, notamment sur la gestion des groupes Facebook et sur les directives de Santé Publique France concernant la vape. Je la remercie d’avoir accepté cet interview.

Comment as-tu découvert la vape ?

Comme beaucoup de monde en arrêtant de fumer ! Sachant que je n’avais pas vraiment envie d’arrêter…

Tu n’avais pas envie d’arrêter de fumer ?!

J’ai fumé pendant 15 ans, j’en étais à une vingtaine de roulées par jour et je me sentais parfaitement bien. J’avais bien essayé la cigarette électronique pour fumer moins, mais je m’étais procuré un tout petit matériel en bureau de tabac, pas efficace, donc sans succès. Sans vraiment de motivation. Précédemment, j’ai essayé à deux reprises d’arrêter de fumer, avec des gommes, à chaque fois j’ai tenu deux semaines.

Qu’est-ce qui t’a décidé à vraiment arrêter de fumer ?

(Rire) Le Mois Sans Tabac ! Je suis chargée de projets en santé publique, rattachée à l’Institut du Cancer de Montpellier. Je travaille au sein du pôle EPIDAURE, qui est le département prévention, sur des projets autour des déterminants du cancer, dont le tabac et de l’alcool. C’est dans ce cadre que j’ai passé le DU de tabacologie pour me perfectionner. Et donc en 2016, lorsque le premier Mois Sans Tabac s’est mis en place, j’ai travaillé pour répondre à l’appel d’offre diffusé par Santé Publique France par le biais des ARS (Agence Régionale de Santé). Nous l’avons remporté, et je me suis donc retrouvée à coordonner toutes les opérations sur la région Occitanie. C’est à ce moment-là que je me suis dit « quand même, tu vas passer ton temps à dire aux gens d’arrêter de fumer, tu pourrais déjà commencer par toi-même » !!

Et pourquoi as-tu choisi la vape ?

A vrai dire, j’avais une mauvaise image de la vape. Mon « environnement » professionnel n’était pas très positif. Alors, je me suis lancée dans des recherches et j’ai cherché toutes les infos disponibles. J’ai même commencé par tout ce que je trouvais de négatif, j’ai lu des études, j’y ai passé beaucoup de temps. Et je me suis complètement rassurée. Je me suis rendue dans une boutique spécialisée, j’ai acheté un matériel correct, un bon taux de nicotine, et j’ai arrêté de fumer, immédiatement et facilement.

Tu conseilles donc la vape à tous tes patients ?

Je suis une tabacologue mais sans patients ! Je fais des consultations, mais je ne peux rien prescrire car je ne suis pas médecin. Et, non, je ne conseille pas la vape systématiquement et aveuglément. Le rôle du tabacologue est de discuter avec la personne, analyser son profil, mesurer les souffrances, comprendre les motivations pour arrêter de fumer : sortir de l’addiction, raison de santé, économies… Cela permet ensuite de recommander des stratégies et des outils : substituts nicotiniques, médicaments, vapotage, ça dépend beaucoup du profil. Pour les prescriptions, je donne les indications pour aller voir un médecin. Donc, oui, je crois à la vape, à son énorme potentiel, mais je n’en fais pas non plus un sacerdoce absolu. Disons que je conseille une fois sur deux.

Tu « crois » au potentiel de la vape, mais pas seulement parce que ça a marché pour toi ?

Mon constat est simple et sans appel. De mon expérience sur le terrain, lorsque les personnes ont le bon « profil », huit sur dix à qui j’ai conseillé la vape, ont arrêté de fumer. Donc, oui, c’est exceptionnel ! Lorsque les personnes n’ont pas peur d’essayer, les résultats sont au rendez-vous.

Des fumeurs ont « peur » d’essayer la vape ?

Oui, et ils sont très nombreux. Certaines réactions sont parfois très virulentes « Quoi vous me conseillez ça !! ». Et cela se constate même au niveau des médecins. Ils sont de plus en plus nombreux à conseiller la vape à leurs patients qui fument. Et ils ont eux aussi des réactions parfois très négatives, des personnes qui se disent même « choquées » qu’un médecin puisse conseiller la vape. C’est surréaliste…

Mais pourquoi ?

Freins institutionnels. D’un côté la vape est une véritable épidémie (positive) dans la population, de l’autre les autorités sont frileuses et ne tiennent pas de discours clair. On le voit avec le Mois Sans Tabac, la vape est là, mais on ne l’encourage pas vraiment. Nous faisons face à des injonctions contradictoires des autorités de santé. La société civile est complètement perdue.

Tu gardes quand même espoir ?

Oui ! Je vois des gens réfractaires qui n’acceptaient de tenter que les patchs mais qui reviennent finalement avec une vape, et qui ne fument plus. Les résultats sont là, alors il faut se battre. Je n’hésite pas à m’engager. Chaque jour, je me pose des questions, j’essaie de comprendre pourquoi, et je reste motivée. Il le faut !