Annoncée en février 2016, la grande étude e-cigarette en France commence (enfin) à lever le voile sur son contenu avec la publication, par l’AP-HP, de l’appel d’offres pour les matériels et les e-liquides.

Il y a un an exactement, au mois d’août 2015, le Public Health England publiait un rapport très rassurant sur la e-cigarette. Conclusion principale et essentielle : vaper est au minimum 95% moins nocif que fumer. Ce rapport n’est pas une simple étude : il s’appuie sur une analyse détaillée de 185 études, recherches ou rapports. Des ressources considérables, qui existent donc… C’est du très sérieux !

Malgré de multiples appels, le rapport du PHE n’a absolument pas intéressé le ministère de la santé. Marisol Touraine a même mis en doute, dans l’assemblée nationale, sa probité et son indépendance suite à la publication d’un article anonyme dans The Lancet. Deux poids deux mesures, assez stupéfiants, entre un corbeau anti-vape et ses respectables confrères des services de santé britanniques.

La France lance « son » étude e-cigarette avec 900 000€ de budget, l’enjeu est considérable

Qu’à cela ne tienne, snobons les anglais, on n’est sans doute jamais mieux servi que par soi-même. La France lance donc sa propre étude pour répondre à LA question : la ecigarette est-elle efficace pour le sevrage tabagique ? Pour cela, le budget n’est pas moins de 900 000€, confié à l’AP-HP. L’étude est dirigée par Ivan Berlin, secrétaire général adjoint à la recherche de la SFT (Société Française de Tabacologie).

Dès l’annonce de l’étude baptisée ECSMOKE, les spécialistes de la vape en France ont demandé à en savoir plus. Fin de non recevoir. Jacques Le Houezec confirmera. Circonspect sur l’objectif de l’étude, et souhaitant en savoir plus sur le protocole, il n’obtiendra aucune information même en s’adressant directement à Ivan Berlin.

Conduite sur 700 fumeurs, tout ce que l’on sait, c’est que trois groupes seront formés. Ecig avec nicotine, ecig « placebo » sans nicotine, et Champix. Pas de placébo pour le médicament. Les résultats sont prévus pour 2019…

Ces premiers éléments, bien maigres, suscitent déjà bien des questions :

  • Quel intérêt en 2016 (avec réponse en 2019 !) de se demander si la cigarette électronique est efficace pour le sevrage tabagique ? Mais qui se pose encore cette question ? Nous savons déjà grâce à l’Eurobaromètre européen qu’un million de français sont sortis du tabagisme grâce à la ecig avec un taux de 40% parmi ceux qui ont essayé, et il y a quantité d’autres études disponibles…
  • Pourquoi comparer la e-cigarette à un médicament ? L’objet de l’étude n’est-il pas de rechercher son efficacité absolue pour le sevrage tabagique ? Étrange…
  • Enfin, pourquoi ce médicament en particulier, le Champix, tellement controversé, et sans placebo, ce qui aurait permis de « vérifier » également son efficacité, re-étrange…

Face à la démarche britannique, exhaustive, les premiers éléments d’information sur cette étude française inquiètent les spécialistes et les vapoteurs car l’énorme investissement de 900 000 € lui donnera forcément un statut de référence pour les décideurs, services de santé et politiques.

Enfin ! Plus d’information avec l’appel d’offre du AP-HP

Les curieux peuvent consulter l’appel d’offres ici. Faisons simple : le matériel demandé n’existe pas ! La combinaison des caractéristiques techniques est impossible, le petit nom croquignolet « box ouverte » est totalement inconnu. La puissance demandée est très faible : 9W maxi. Les spécialistes savent que ce n’est pas efficace.

Mais le pire concerne les e-liquides. Il n’y aura qu’une seule saveur « tabac blond » et un seul taux de nicotine (entre 10 et 16mg). Les spécialistes, encore, confirmeront qu’avec une telle restriction, c-a-d aucun choix sur le goût et aucune variable d’ajustement sur la nicotine (comme c’est le cas des substituts nicotiniques !), les résultats sont totalement biaisés à l’avance.

Le choix, sur le matériel, et surtout sur le e-liquide, ainsi que la possibilité d’adapter le taux de nicotine selon le profil des fumeurs, sont des conditions essentielles pour réussir à sortir du tabac grâce à la e-cigarette. Pendant les premières semaines, voire plusieurs mois, la recherche de la « bonne vape » nécessite de nombreux essais sur les matériels (puissance, type d’ato), sur les saveurs dans les liquides et le réglage du taux de nicotine. Combien de personnes ont réussi à arrêter de fumer grâce à la menthe, la vanille, ou encore la fraise… Et même si l’arôme tabac fait partie des best-sellers, il y en a des centaines de différents !!

La publication de cet appel d’offre confirme ce que les spécialistes craignaient. L’équipe qui va mener cette première grande étude e-cigarette en France ne connait absolument rien à la vape ! Pire, ils ne prennent même pas la peine de se faire conseiller en s’adressant aux compétences pourtant nombreuses dans notre pays, que ce soit chez les médecins, les scientifiques, les professionnels ou même les vapoteurs. Et on craint évidemment le pire sur les conseils qui seront donnés aux fumeurs. En effet, dans l’appel d’offre la formation sur les matériels pour l’équipe est… facultative !

Des premières inquiétudes qui se confirment et se renforcent

Disons le clairement, la lecture de l’appel d’offres est extrêmement alarmante. Les chercheurs semblent confondre la vape avec une simple prise de médicament. Ils n’ont absolument pas pris conscience de la véritable nature de la vape, de sa complexité, de sa finesse d’adaptation à chaque profil de fumeur. C’est ce qui fait sa force.

Si rien ne change, cette étude va torpiller les performances de la cigarette électronique. Les résultats seront bien en dessous des conditions réelles d’utilisation et la performance « officielle » sera faussée, biaisée par un protocole mis en place avec une incompétence manifeste (sur la pratique de la vape) de l’équipe en charge de l’étude.

Compte-tenu du budget et de l’enjeu, il est intolérable que cette étude se mène dans ces conditions totalement inappropriées que laissent soupçonner les premières informations et la publication de l’appel d’offres. Pourquoi les nombreux spécialistes en France, scientifiques, médecins et même vapoteurs experts ne sont pas consultés sur cette étude ?

Condescendance de l’establishment de santé

Lors du 1er Sommet de la Vape, et il l’a à nouveau répété en juillet lors de la première réunion du groupe de travail à la DGS, Ivan Berlin estime qu’il faut une « preuve scientifique ». Seule la science peut répondre. Au moins, c’est clair, tous les fumeurs qui ont arrêté le tabac grâce à la vape n’existent pas pour le scientifique. Pourquoi devrait-il alors écouter les spécialistes de la vape, lui qui connait tout sur le tabac ?

Justement, peut-être… Nous voilà face à cette condescendance insupportable d’un certain establishment de « sachants » qui regardent la vape par le bout de lorgnette, sans comprendre que ce n’est pas un médicament, cette « solution » étrange qui ne vient pas d’eux, qui n’a jamais eu besoin d’eux et qui vient menacer leur « science ».

Ils sont complètement passés à côté, mais ils veulent quand même y fourrer leur nez. Pour « vérifier ». Alors que la vape a évidemment besoin de la science pour se perfectionner, il y aurait tant d’autres recherches à mener, mais encore faudrait-il savoir vraiment de quoi on parle…

Une étude mal menée, nouveau raté sur la e-cigarette ?

Répétons. Il est évident à la lecture de l’appel d’offre, nous sommes face à une incompétence totale sur la pratique de la vape. Les conditions ne sont absolument pas requises pour offrir une pratique normale afin de permettre un sevrage total grâce à la vape et faire une « mesure » conforme à la réalité. Il y aura de nombreux échecs à cause la puissance insuffisante du matériel, à cause du manque de choix sur les saveurs et à cause de l’absence d’ajustement sur le taux de nicotine. Tous les paramètres sont biaisés, c’est incroyable ! Et sans parler du conseil aux utilisateurs qui sera forcément déplorable, c’est une catastrophe…

Que se passera t-il si les résultats ne sont pas à la hauteur de la réalité ? Si la e-cigarette ne fait pas mieux, voire pire que le Champix ? Avec des résultats qui seront publiés en 2019, cette première grande étude sur la e-cigarette en France risque d’être très lourde de conséquences pour la santé publique. De « mauvaises performances » ne pourront que conforter les mesures restrictives qui se mettent en place et éloigneront de nombreux fumeurs qui seraient tentés d’essayer.

La France. 80 000 morts par an. 32% de fumeurs, en queue de peloton européen, seuls trois pays font pire que nous, la Bulgarie, la Croatie et la Grèce. Les raisons sont multiples et bien connues, notamment du côté du ministère du budget. On aimerait compter sur les services de santé pour évaluer correctement le miracle de la cigarette électronique et qu’une étude de cette importance puisse se faire dans de bonnes conditions et avec de vraies compétences sur la vape…

Depuis le temps qu’on attend des études en France, la déception est profonde.