Depuis le premier janvier 2017, la réglementation impose que les flacons de e-liquides qui contiennent de la nicotine ne doivent plus dépasser 10 ml. Pourquoi ?

Après les interdictions de publicité et propagande pour éviter qu’il n’y aient trop de fumeurs qui passent à la vapote grâce à l’information libre, la limitation de la contenance des flacons de e-liquides avec nicotine à 10 ml maxi est une des dernières mesures qui se met en place sur la e-cigarette. Depuis le premier janvier 2017, il n’est plus possible (théoriquement) de trouver du e-liquide avec nicotine qui dépasse les 10 ml.

TPD, la directive européenne sur la tabac (et le vapotage)

Si les professionnels de la vape ont pu, pendant quelques mois discuter et « négocier » l’application de la directive tabac européenne sur les produits du vapotage, on leur a fait savoir, dès le départ, que certaines choses seraient totalement impossibles à assouplir. La limitation à 10 ml pour les flacons de liquides avec nicotine en faisait partie. La raison ? C’est écrit noir sur blanc dans la directive, donc y’a rien à faire, c’est pas plus compliqué. L’Europe a dit, on applique.

A l’impossible nul n’est tenu, surtout en matière de tabac. Par exemple, la France est en infraction permanente concernant les prix du tabac en Corse. Une belle preuve de courage politique, de résistance à la grande Europe ! Mais pour la e-cigarette et en particulier la limitation à 10 ml des e-liquides, non, non et non ce n’est pas possible !

Peut-être y’a t-il de bonnes raisons ? Voyons ça…

Mais au fait, pourquoi 10 ml ?

10 ml et une concentration de 20 mg par ml maxi. Voilà ce qui a été décidé par les députés européens. Aussi est-il intéressant de savoir sur quelles bases et en raison de quoi ces limitations sont imposées. Peut-être des études scientifiques ? Des accidents constatés ? La crainte de découvrir dans 20 ou 30 ans des composés radioactifs ?

Alors que des produits hautement toxiques comme l’eau de javel ou la mort aux rats se vendent sans problème au litre et au kilo, que la plupart des boites de médicaments contiennent suffisamment de cachets pour provoquer de graves empoisonnements pouvant conduire à la mort, sans parler de l’alcool que l’on peut acheter par 30 litres pour la bière ou encore des produits cosmétiques, des engrais, des solvants… On est en droit de se dire que les e-liquides doivent représenter un É-NOR-ME danger pour la population, et surtout, absolument, irréfutablement, sans AUCUN DOUTE sur la dangerosité au delà de ces fameux 10 ml / 20 mg/ml de nicotine ?

Cherchons… Et bien non ! Ces limitations à 10 ml et 20 mg/ml maxi pour les flacons de e-liquide ne repose sur absolument AUCUN fondement réel. A part peut-être que 10, c’est entre 9 et 11, je ne vois pas, personne ne voit, pas même ceux qui ont décidé ou ceux qui appliquent. C’est comme ça. Au pif, paf dans la vape !

Hasard ? Pas vraiment. Prenez le temps de regarder le film Beyond The Cloud. Une députée européenne vous expliquera que l’industrie du tabac est TRÈS contente des mesures qui sont prises sur le vapotage. La limitation à 10 ml ferait donc le bonheur de l’industrie du tabac. Mais pourquoi donc ?

Tout faire pour éviter la baisse des prix

Il y a 4 ou 5 ans, le vapoteur débutant devait lâcher environ 100 € pour s’acheter un petit kit de base que l’on trouve aujourd’hui à moins de 20€ (si on veut s’acheter du matériel ancienne génération obsolète). Que s’est-il passé ? Le marché, la concurrence, la pression du consommateur, les progrès techniques. En fait, la loi naturelle, un produit se développe, la production augmente, les coûts baissent grâce à un marché « libéré ». Désormais en 2017, un débutant peut accéder autour de 50€ à un matériel facile à utiliser et efficace. Tant mieux !

Depuis quelques années, outre le DIY (on y revient plus bas), les prix des e-liquides étaient en train de commencer à baisser. La technique ? Tout simple, les contenances des flacons augmentaient. 20, 50, 100 ml. Pour le fabricants, réduire les frais fixes, que ce soit sur la fourniture en flacons (une fiole de 20 ne vaut pas le double d’une fiole de 10) ou les temps d’embouteillage, étaient une manière de baisser les prix sans se faire trop hara kiri sur son produit, le e-liquide.

Ainsi le consommateur lambda, s’il avait trouvé quelques jus à son goût pouvait-il envisager de les acheter en plus grande quantité pour payer moins cher. Avec la perspective de l’application de la TPD, tous les fabricants ne s’étaient pas mis à vendre des gros flacons, mais s’il n’y avait pas eu cette contrainte, sous la pression du marché et par le jeu de la concurrence, il est évident que tout le monde y serait venu, au moins sur les best sellers. Le marché se serait naturellement réparti entre liquides premium et grande consommation, comme le pâté et le foie gras ou le vin de table et les grandes bouteilles.

Qui a intérêt à ce que les prix du e-liquide ne baissent pas trop ? Qui a intérêt à ce que l’argument financier ne soit pas un « bonus » supplémentaire pour passer au vapotage ? Qui a intérêt à ce que la vape ne coûte pas moins cher que le tabac ? Qui a calculé que lorsque les États se décideront à taxer la e-cigarette, cela coûtera alors plus cher que le tabac ?

La fin du DIY (Do It Yourself) ?

Les vapoteurs les plus passionnés pratiquent depuis longtemps le DIY. Principe, acheter de la base neutre au taux de nicotine adéquat. Environ 20 à 40 € le litre selon le taux. Puis faire ses propres mélanges avec des arômes. Un marché important s’est développé, au-delà des arômes aux saveurs simples, on trouve maintenant des premix très élaborés. Coût entre 3 et 7 € environ pour fabriquer 100 ml de liquide prêt à vaper. Pour faire clair, les adeptes du DIY peuvent vaper à un tarif entre 7 à 10 fois moins cher que les e-liquides tout prêts.

Bien entendu, avec l’histoire des 10 ml maxi, c’est fini ! Certains fabricants se lancent dans la commercialisation de « booster », c-à-d des flacons de 10 ml avec 20 mg/ml de nicotine. Cela permet à ceux qui vapent un taux plus faible que 20mg de continuer à faire des mélanges, mais évidement le rendement économique n’a plus rien à voir. Sans parler de la complication des manip. Avant il suffisait de mélanger de la base avec l’arôme, maintenant il faut de la base à zéro, du booster et de l’arôme. Sortir sa calculette pour ne pas se planter, bref…

Les adeptes du DIY risquent de ne pas faire long feu. Certains ont fait des réserves en vue de la TPD, et d’autres s’échangent les adresses pour passer dans des circuits « parallèles » qui consistent à acheter des bases à l’étranger, voire de la nicotine à très haute dose. Marché noir, contrebande, légitime défense, comment dire ? En tout cas, manipulation dangereuse si l’on applique pas des consignes de sécurité strictes (gants, masque, lunettes…). Pro ou anti-diy, il y a débat, tous se rejoignent sur une crainte, le jour où un usager fera la connerie mortelle dans ses manipulations, c’est toute la vape qui prendra un sale coup. Joli buzz en perspective pour la presse copier/coller qui ne cherchera évidemment pas à comprendre les causes profondes de l’accident.

On mesure là, encore une fois, toute l’intelligence et la profondeur de vue des pouvoirs publics qui stoppent le développement d’un marché concurrentiel où la relation fabricants / consommateurs conduisait inéluctablement à un équilibre raisonnable entre les prix et la qualité, comme ça s’est fait sur les matériels, permettant de soutenir les fabricants sérieux et les affaires des commerces locaux. Depuis quelques années, le marché du DIY s’était bien développé, et on en trouvait à peu prêt partout. Cette pratique ne s’était pas forcément généralisé à tous les consommateurs, loin de là. Mais cela permettait à ceux voulait passer un peu de temps, ou vraiment faire des économies par réel besoin, d’accéder librement et dans de bonnes conditions à cette solution.

Protection de l’environnement

Le coup de maître ! Alors que l’écologie, le développement durable, le respect de l’environnement constituent aujourd’hui, poussé par la société, le socle de quasiment tous les programmes politiques, la limitation à 10 ml des flacons de e-liquides provoque une véritable catastrophe environnementale.

Sur l’exemple extrême du DIY, contre 1 bouteille plastique de 1 litre + 10 flacons d’arôme + 11 bouchons, cela se transforme en 100 bouteilles de 10 ml + 100 bouchons !!! Certains on fait le calcul au poids, c’est de 7 à 8 fois plus de déchets en matières plastiques ! Bravo – champion du monde !

Déjà que l’énorme consommation de batteries n’est pas top-top en matière d’environnement, avec tout ce plastique, le monde de la vape pourra être, à juste titre, montré du doigt comme un horrible pollueur. Cela dit, ça pourra peut-être donner l’idée de créer une taxe spéciale de recyclage sur le vapotage ! A noter pour l’avenir, indexer sur le flacon. Comme y’en aura plein et ça sera facile pour la compta.

Bonus aggravant. Il y a nouvelles contraintes d’information pour le consommateur. En effet si la composition a totalement disparu des paquets de tabac neutre, c’est tout le contraire pour les e-liquides ! En effet, il faut maintenant écrire un roman. Du coup, certains fabricants (environ 30% d’après un commerçant) se sont mis à sur emballer les flacons de e-liquides pour y glisser la fameuse notice. Résultat, au plastique, on ajoute du carton ou autre matière destiné à la poubelle. Magnifique !

Incompréhensible, flippant…

Une mesure sans aucun fondement sanitaire qui créé un effet très négatif sur la liberté du marché et des prix au bénéfice de la santé / sécurité des consommateurs et une catastrophe écologique à contre courant de l’état d’esprit de notre société… Cette mesure sur la limitation des flacons de e-liquides à 10 ml n’a aucun sens. Absolument aucun sens.

C’est une nouvelle illustration de l’incompétence de nos décideurs sous influence notoire et nocive de l’industrie du tabac. Tout comme pour les mesures d’interdiction de publicité et de propagande, il aurait fallu des politiques et une administration avec un brin d’intelligence, un peu de courage et de clairvoyance pour dire non ! Ça suffit !

Est-ce que c’est grave – grave ? Oui et non. On va se battre pour changer les choses, et peut-être qu’on y arrivera, on a tellement raison, je veux y croire…

Mais ce qui m’inquiète vraiment, c’est que ces mêmes politiques et cette administration ne gèrent pas que la vapote. Ils s’occupent aussi et surtout de la santé en général, de la sécurité, des relations internationales, de l’éducation, de l’alimentation, de l’énergie, du travail, du social, bref… de toute notre vie quoi !

Sérieusement, ne pas être foutu d’être intelligent sur un sujet aussi simple à comprendre que la vape, alors que l’on parle d’un enjeu majeur, sauver des millions de vies… Ça fait vraiment flipper pour tout le reste.

D’ailleurs, les politiques et la vape, vous en pensez quoi ? Participez et partagez >> Baromètre mensuel janvier 2017

PS : pour les vapoteurs, fabricants de e-liquides, commerçants… Ça fait un moment que je rumine sur cette affaire des 10 ml, je ne suis pas sûr d’avoir fait le tour de cette connerie monumentale, n’hésitez pas à commenter pour compléter…