Sabotage : action de saboter. Toute ressemblance avec des personnes ou évènements existants ou ayant existé serait purement fortuite.

J’ai une passion pour l’Histoire, j’aime lire le réel que je trouve suffisamment passionnant pour m’évader au fil des livres. Mais depuis quelques temps, j’alterne mes lectures avec des romans, comme pour faire des pauses. C’est plus simple, plus coulant, plus lisible. En un mot : reposant. L’écrivain invente et/ou arrange tout ce qui est nécessaire pour l’histoire qu’il a envie de raconter, les lieux, les personnages, les évènements, ficelé, délimité. Je choisi quand même des titres où les récits s’inscrivent dans des périodes clefs de l’Histoire, ça fait le lien avec mes lectures habituelles, j’aime ce relief, des histoires romancées avec prise dans le réel. Je viens de terminer La vie ne dure qu’un instant – Theresa Révay – qui se déroule dans la période entre la guerre d’Espagne et la deuxième guerre mondiale, côté italien et allemand. Génial. En ce moment je suis dans Les derniers jours de nos pères – Joël Dicker – toujours période de guerre mais côté anglais / français, services secrets, je dévore. L’an dernier, j’ai aussi dévoré le Goncourt, L’ordre du jour – Eric Vuillard – un essai très rapide à lire et qui n’a sans doute pas volé son prix (je n’ai pas le niveau littéraire pour juger), la relation entre les capitaines d’industries allemandes et Hitler, froid dans le dos, surtout à le lire en période d’élections en France…

Bref, un peu de fiction qui s’inscrit dans une réalité. Je me lance ! Comme la vape est l’une des réalités qui me passionne, voici une petite histoire que j’invente et que je plante donc dans un décor connu. Comme je l’écris en intro, selon la formule consacrée, toute ressemblance avec des personnes ou évènements existants ou ayant existé serait purement fortuite…

Décor : la France, pays de la vape libre !

Les fumeurs français ont beaucoup de chance. Comme partout dans le monde, le vapotage a débarqué, par Internet avec quelques geek téméraires et curieux. L’info s’est répandue de bouche à oreille. Assez vite, des âmes d’entrepreneurs se sont mis à ouvrir des boutiques, à fabriquer des liquides. Consommateurs, commerçants et fabricants ont tissé des liens. Ils ont créé un univers totalement indépendant, en dehors du tabac. L’industrie n’y croyait pas, les buralistes non plus, le secteur a pris son essor, et l’idée de se libérer du produit, mais aussi de son écosystème perfide et morbide, s’est cultivée et n’a cessé de se renforcer.

La France est un des pays où il y a le plus de boutiques de vape spécialisées, où il y a le plus de sites Internet, où il y a le plus de fabricants de liquides. La vape est un secteur économique très dynamique, qui s’est créé à partir de rien et qui est très solide. Lorsque les industriels du tabac et les buralistes ont commencé à se réveiller, ils n’ont pas réussi à se faire une place. Ils occuperaient péniblement 5% de part de marché. L’esprit « vape libre » est un rempart face au système tabac, hors de question de se retrouver à nouveau esclave de multinationales qui ne proposent que des produits standardisés, dont on ne sait rien des conditions de fabrication et de provenance et à des prix qui finiraient par être « arrangés » au détriment du consommateur si on retombait dans le même système oligarchique que le tabac actuellement. Personnellement, et je ne suis pas le seul, le jour où je ne peux plus vaper que des produits de l’industrie du tabac, j’arrête de vaper. Je ne prendrai pas le risque…

Pour les industriels du tabac, beaucoup, pour les buralistes, aussi, voilà le problème. Les fumeurs sont partis ailleurs, comment les « récupérer ». Les buralistes ont déjà lancé l’offensive. Le « patron » de la confédération ne s’embarrasse pas de faux semblant, il veut reprendre le marché de la vape. Ça c’est fait. Pour l’instant, le résultat est moyen – moyen, des retours terrain que je peux avoir, les boutiques spécialisées ont une telle avance sur le conseil et la qualité des produits que de nombreux buralistes sont découragés. C’est une montagne… La méthode Coué a ses limites. Bien tenté. Et puis, peut-être qu’avec le temps, certains y parviendront, après tout si on trouve de la vape un peu partout, notamment pour du dépannage, pourquoi pas, surtout si ce sont des produits de qualité issus de fabricants sérieux.

Pour l’industrie du tabac, c’est plus compliqué. Ça commence déjà à faire quelques années qu’ils se cassent les dents sur le marché français. Un territoire où, certes, il reste à faire au niveau des autorités de santé, mais où l’emprise de la vape libre et indépendante est tellement solide qu’elle pourrait faire exemple un peu partout dans le monde. Et du coup sonner le glas de l’industrie du tabac, très sérieusement…

Brouiller les cartes, tenter de lancer des produits concurrents

On est toujours dans la réalité. En train de planter le décor. Depuis quelques années, on a vu apparaître des produits de la vape créés par l’industrie du tabac. A chaque fois, c’est un flop. Combinaison de deux paramètres. Evidemment le marché n’a aucune empathie pour ces produits. Rempart chez les distributeurs, rempart dans les boutiques, rempart chez les consommateurs. Il reste les buralistes pour distribuer, comme vu précédemment, y’a pas la « fibre ». Deuxième raison, les produits sont généralement obsolètes au moment où ils sortent. Il y a une telle inertie industrielle chez les Big Tobacco qu’il sont toujours en retard d’un wagon. Le besoin de standardiser pour sortir des marges leur enlève toute l’agilité nécessaire pour réussir sur ce marché extrêmement dynamique où les consommateurs construisent et déconstruisent, ou les bonnes pratiques évoluent avec des interactions permanentes entre les hommes, les matériels, les consommables, les effets de mode…

Actuellement une marque de l’industrie du tabac essaie de pénétrer fortement le marché, avec de très gros moyens et des méthodes commerciales hyper agressives. J’en ai discuté avec quelques acteurs bien placés. Outre le fait que c’est l’industrie du tabac, viscéralement repoussante, l’appréciation sur le produit est sans appel : « C’est de la merde, on a bien mieux sur nos étagères, au même prix pour le consommateur et avec une meilleure marge pour nous. »

Dans un autre registre, les industriels du tabac tentent d’imposer leur nouvelle « technologie », le fameux tabac chauffé. Si la vape n’existait pas, on pourrait dire que c’est génial. D’ailleurs au Japon, un pays où la vape est émasculée avec une interdiction de vendre des produit nicotinés, ça marche bien. Mais chez nous, en France, ça n’a aucun sens. Le produit est un concept obsolète. Sans parler de son « défaut » le plus vicieux, conserver dans la bouche du consommateur le « goût » du tabac. Un fumeur de tabac chauffé qui tombe en panne ira taxer une clope à ses amis, c’est sûr. Un gamin qui essaie le tabac chauffé, c’est comme si il avait déjà presqu’une vraie clope au bout des lèvres. L’effet passerelle tant redouté et clairement fantasmé pour le vapotage est un danger réel avec le tabac chauffé.

Une véritable impasse. Que faire ? Passons à la fiction…

Création d’une association : FRANCE SABOTAGE

C’est la bonne vieille technique du vers dans la pomme, essayer de pourrir le fruit de l’intérieur. L’idée aurait pu murir dans les bureaux français d’un industriel du tabac, l’association se créer à la même adresse, c’est plus pratique pour travailler et transférer de la ressource. Pour le nom, ça pourrait être FRANCE SABOTAGE, parce que depuis quelques années dans l’industrie du tabac, on est des gentils, on est transparent. C’est pas comme si on affirmait dans certains pays vouloir que les gens ne fument plus, et avoir en même temps des plans de développement du business tabac ailleurs dans le monde…

L’association est créée, avec son joli sobriquet (j’adore ce mot, y’a « briquet » dedans). Il faut ensuite lui donner un brin de crédibilité. L’idée est de garder le contrôle en étant partie prenante avec deux ou trois industriels du tabac, mais aussi d’aller chercher des entreprises de la vape « pur jus », question d’image. Pour cela, y’a deux méthodes, recruter ceux qui rêvent de conquérir le marché sans état d’âme, quitte à recréer un système fermé monopolistique par exemple en s’appuyant exclusivement sur les buralistes, et ceux à qui il suffit de faire miroiter un développement éclair avec des jolis contrats commerciaux. Tout ça, c’est du grand classique, c’est du business, c’est pragmatique, de la fiction bien sûr, mais réaliste…

L’étape suivante consiste à sortir du bois, et se « positionner » dans le paysage de la vape. C’est chaud, parce qu’il y a déjà pas mal d’associations et représentatives de tous les « acteurs », consommateurs, fabricants, commerçants, militants idéalistes, acteurs sociaux et de santé publique… AIDUCE, FIVAPE, SOVAPE, LA VAPE DU CŒUR et la toute récente SI2V, que des acteurs « vape libre ». Il faut donc communiquer, le nerf de la guerre c’est l’argent, prendre des pro, et commencer à émettre des messages. Au début, peu importe les sujets, tant que ça donne lieu à la prise de parole, il faut multiplier les sorties et marteler une chose importante, LA chose importante : qui sommes-nous, ou plutôt, que devez-vous croire que nous soyons. Gros boulot sur la « punch line » qui va signer tous les communiqués. Ça pourrait être par exemple ;

A propos de FRANCE SABOTAGE : Créée en juillet 2018 (ou 2017, à vérifier), la fédération professionnelle FRANCE SABOTAGE représente et défend les industriels et fabricants de produits du vapotage opérant en France. A ce titre, elle a pour mission d’instaurer auprès de l’ensemble des parties prenantes publiques et privées, françaises et européennes, tout dialogue structurant et échange construit propre à assurer le développement responsable de la filière.

En 4 lignes tout y est ! On représente LES industriels et fabricants. Inclusif. On affirme, même si c’est totalement faux, représenter TOUTE la profession. Expérience des médias et des politiques, benêts pour la plupart qui n’ont rien compris à la vape et à la RDR, ils seront certainement nombreux à nous croire, pourquoi se priver d’un petit mensonge qui ne se joue que sur une lettre. « Les » au lieu de « des ». Ho ça va ! Pour une lettre, faut pas charrier. Intéressant aussi, on précise produit « du » vapotage, mais par contre oublions de préciser que pour certains de nos membres, on aurait pu (du) rajouter « ET DU TABAC ». Mais bon, la transparence, ça va un peu, et puis surtout faut pas troubler les messages, restons simples. Les mots « dialogue », « échange » et « responsable » sont aussi croquignolets quand on sait qui on est (faut bien se marrer un peu). Et « filière », LA filière. Inclusif encore. C’est pas mal, validé !

On choisira comme porte-parole quelqu’un de la vape. Si un industriel du tabac s’y colle, ça risque quand même d’être gros niveau tartuferie. Emballé, c’est pesé, FRANCE SABOTAGE va jouer des coudes et tenter de se positionner partout. Prise de contact, avec les associations, les milieux addicto, tabacco, la presse évidement, partout où il y a des portes à pousser, on y va. Et pourquoi pas le VAPEXPO, on pourrait demander à participer et tenter de se faufiler dans le fruit avec notre joli nom FRANCE SABOTAGE. Et puis tenter de s’imposer, écarter les originels, trouver les deals qui conviendraient mieux aux gouvernements qui transpirent en craignant de voir fondre les rentes fiscales du tabac, créer l’amalgame industriel vape/tabac pour que les anti-tabac aient meilleure conscience à cracher sur la vape, tout faire pour saboter le marché et les acteurs de la vape libre, etc, etc… Aller, j’arrête, je me dégoûte à imaginer autant de perfidie.

Exercice terminé. La fiction, c’est pas trop mon truc. En fait, je préfère la réalité. Dans la réalité, rien n’est aussi simple, rien n’est écrit justement. Les méchants ont beau être le plus méchants et les plus vicieux possible, ils ont toutes les chances de se ramasser, car rien ne se passe jamais comme prévu. C’est d’ailleurs toute l’histoire du tabac. Au siècle dernier, les industriels ont tué environ 100 millions de personnes, et à l’orée du nouveau millénaire il se préparaient tranquillement à atteindre le milliard. Les cours de bourse en témoignaient, ça montait, ça montait toujours. Et puis cette année, patatra, environ moins 20% depuis le 1er janvier : c’est très bien raconté ici. L’effet Kodak guette.

Je me demande parfois… Ces gens qui travaillent pour l’industrie du tabac. Que raconteront-ils à leurs enfants et leurs petits enfants quand ils demanderont « Qu’est ce que tu as fait de ta vie ? » Perso, je ne me vois pas répondre « J’ai tué des millions de personnes en faisant du marketing pour l’industrie la plus meurtrière de l’histoire de l’humanité ». Peut-être décideront-ils de mentir. Question d’habitude.

J’ai plein de copains dans la vape, eux ils pourront dire « J’ai sauvé des vies ». Quelle chance. Que de belles histoires à raconter…