Industrie du tabac, buralistes, business des fabricants, les boutiques de vape se sentent de plus en plus menacées. Que faire ?

Il y a environ 2 500 boutiques de vape en France. Avec les réglementations des dernières années, une sorte de « tri » s’est naturellement réalisé, même s’il reste encore quelques « guignols », la majorité des boutiques sont tenues par des gens sérieux, très impliqués, pour la plupart ex-fumeurs, qui connaissent parfaitement leur clientèle et les produits qu’ils proposent, qui délivrent les meilleurs conseils aux débutants et aux vapoteurs confirmés.

Grâce aux boutiques, la vape s’est développée en France, et dans quelques décennies on pourra compter les vies sauvées grâce à elles. Quoi de plus vertueux ? Et pourtant, elles se sentent aujourd’hui très clairement menacées. Pourquoi ? Que faire ?

Industrie du tabac

Si l’industrie du tabac n’a pas réussi à prendre le marché de la vape en France, c’est très largement grâce aux boutiques de vape qui ont assuré une vraie présence pour les consommateurs. Elles ont contribué à faire vivre l’esprit « vape libre » et « indépendante » qui résonne et se cultive chez les vapoteurs, en particulier dans les réseaux sociaux et associations. On ne veut pas (plus) de l’industrie du tabac.

Les boutiques de vape sont donc clairement dans le collimateur de l’industrie du tabac. Ils feront tout pour éliminer cette « résistance » frontale à tout le système tabac et en particulier au réseau de distribution des buralistes par lequel devrait passer naturellement SON business de la vape.

Buralistes

Ennemis aussi. On a même vu il y a quelques années, un buraliste faire un procès à une boutique de vape pour concurrence déloyale. Mais il y a pire ! Très récemment en Italie, le réseau de buralistes a réussi à obtenir un monopole sur la vape… Comme pour le tabac. Autant dire la mort immédiate des boutiques de vape.

Vu l’attitude du gouvernement actuel, comment ne pas imaginer que cette idée ne traine pas dans les couloirs ? La ministre de la santé, qui refuse toujours de rencontrer les associations de la vape, discute régulièrement avec les buralistes. Est-ce que leur « donner » la vape en contrepartie de mesures coercitives sur le tabac ne serait pas une bonne idée ? Évidemment la question s’est posée. Il ne faut pas être naïf. La puissance du réseau de buralistes est une menace pour les boutiques de vape. Il y a 26 000 bureaux de tabac en France, 10 fois plus que des spécialistes de la vape !

Fabricants de e-liquides de matériels

Développement rime avec entrepreneuriat. Plusieurs fabricants français distribuent leurs produits via les bureaux de tabac. Ne pas être naïf non plus, c’est un marché B to B incontournable. A moins d’un « pacte » (serait-ce légal ?) entre tous les fabricants, français et étrangers, il est impossible d’envisager un boycott des bureaux de tabac.

Sachant que si les fabricants « indépendants » se refusaient à livrer les buralistes, qui aurait ainsi « tapis rouge » pour implanter ses produits ? L’industrie du tabac évidemment ! D’un point de vue sanitaire et éthique, que vaut-il mieux pour les consommateurs ? Les produits de l’industrie de la vape indépendante ou les produits de l’industrie du tabac…

Reste aussi le problème du « maillage » territorial. Avec seulement environ 2 500 boutiques de vape spécialisées, certains consommateurs n’ont pas accès facilement à la vape. Donc le bureau de tabac reste malheureusement une solution de repli, en particulier pour les personnes qui ne souhaitent pas acheter sur Internet.

Les boutiques de vape : expérience, conseil et indépendance

Rien ne remplace le savoir-faire des spécialistes de la vape. Que ce soit en boutique, ou même sur Internet, les boutiques de vape sérieuses ont une avance considérable sur les bureaux de tabac. De plus, elles peuvent garantir la qualité de leur produits (≠ industrie du tabac) et elles permettent au consommateur de se trouver dans un espace « bienveillant » hors de portée des cigarettes.

Cela parait en effet complètement aberrant de devoir rentrer dans un bureau de tabac, justement pour arrêter de fumer. C’est comme imposer à un ex-alcoolique d’aller boire des verres au comptoir d’un bar avec toutes les bouteilles à portée de main.

La légitimité des boutiques de vape est donc incontestable. Mais les menaces sont sérieuses, alors que faire ?

Revendiquer un statut et des avantages pour les boutiques de vape

Si elles veulent survivre, les boutiques de vape ont intérêt à se rassembler et passer en mode « offensif ». On peut bien sûr dire « c’est pas juste », « c’est pas normal », mais simplement geindre ne sert à rien. Les coups de boutoir viendront de partout et si les commerçants professionnels de la vape ne sont pas capables de s’unir et s’organiser pour résister, les années à venir risquent d’être très-très difficiles.

Les boutiques de vape pourraient se créer un véritable « statut », la FIVAPE travaille d’ailleurs sur une normalisation AFNOR. Le projet a été présenté lors du dernier Vapexpo : Le rôle des boutiques, vers une professionnalisation ? Que ce soit avec cette solution ou toute autre, la constitution d’une véritable « corporation » est un incontournable pour agir et revendiquer.

Et demander quoi ? Alors là, on peut spéculer. Voici quelques idées concrètes, utopiques ou farfelues ? A voir… Rien n’est impossible, sauf pour ceux qui ne demandent rien :

  • Un boycott des fabricants qui travaillent avec les buralistes : solution violente et à courte vue qui ne va ni dans l’intérêt des consommateurs, ni dans l’intérêt des boutiques de vape. Il y a 26 000 buralistes, ce serait le meilleur moyen, non seulement de passer complètement la vape dans les bureaux de tabac, mais aussi d’affaiblir tous les petits fabricants avec un réseau de boutiques de vape qui se sera probablement affaibli en se privant de marques et de références recherchées par les consommateurs.
  • Un monopole sur les produits de la vape : solution radicale, qui aurait pour conséquence immédiate de rebooster l’ouverture de nombreuses boutiques. Ce serait une revendication très légitime face au monopole des buralistes. En toute logique, pourquoi pour eux et pas pour les boutiques de vape ? Voire même face aux pharmaciens qui ont le monopole des substituts nicotiniques.
  • Une exonération de TVA pour les boutiques de vape : pour faire simple, la vape couterait 20% moins cher chez les commerçants spécialisés. Cela n’empêcherait pas les buralistes de vendre de la vape, ni les fabricants de travailler avec eux. Vis à vis de l’État, cela ne reviendrait (sur la base d’un CA annuel du marché à 400 M) qu’à seulement 80 millions d’euros. A peine 3 jours de rentrées fiscales sur le tabac. Ce « coût » immédiat serait franchement insignifiant au regard des milliers de fumeurs potentiels que pourraient encore sauver les boutiques. Qui plus est, avec une baisse des prix, donc un accès plus facile et un message public extrêmement positif. On baisse bien la TVA pour améliorer les dépenses énergétiques dans les logements, alors pourquoi pas pour baisser le nombre de fumeurs ?
  • Un remboursement de l’assurance maladie : comme pour les substituts, demander la possibilité de rembourser jusqu’à 150 € de produits et matériels, dès lors qu’ils sont vendus par un commerçant spécialisé et que le consommateur puisse délivrer un certificat médical avec test au monoxyde de carbone qui prouve son arrêt du tabac…
  • etc…

Agir pour avancer…

Une chose est sûre, si les boutiques de vape ne s’organisent pas, elles n’auront rien et ne feront que « subir » l’ordre des choses. Darwin guette toujours…

Les avantages dont bénéficient les buralistes sont incroyables compte-tenu des dégâts de leur métier pour la santé publique ! Plan avenir avec des millions d’euros d’aides, monopole sur la Française des jeux, avantages sur la presse, sur les timbres fiscaux, la banque Nickel avec ouverture de compte dès l’âge de 12 ans (bienvenue les jeunes dans les bureaux de tabac !!), etc. J’en oublie sûrement. Comment ont-ils obtenu tout cela ? Comment ont-ils obtenu d’être aussi incontournables au point que même la ministre de la santé doit s’adresser à eux pour pouvoir mettre en œuvre la lutte contre le tabagisme en France ?

Comment ? En s’organisant, en faisant des demandes, en proposant des idées, en revendiquant leur légitimité… Les boutiques de vape en France représentent aujourd’hui le réseau N°1 de réduction des risques face au fléau du tabagisme. Il est temps que ça se sache haut et fort. Et il est temps que ça se respecte !