Alors que sa présidente, Michèle Delaunay, a une nouvelle fois boudé le Sommet de la Vape, l’Alliance Contre le Tabac a profité de l’évènement pour distribuer un « Avis 2017 sur les dispositifs électroniques de vapotage »…

De « torchon » à « pas si mal », on aura tout entendu, ce lundi 20 mars dans les travées du 2e Sommet de la Vape, à propos du document que l’Alliance Contre le Tabac a semble t-il spécialement concocté pour une diffusion aux participants de l’évènement. Difficile de discerner entre une volonté de faire amende honorable, provocation, maladresse, voire tentative de défense de son pré-carré, de ses « positions »…

En effet, les « anti » ont beau être « contre », ils sont une composante à part entière du système tabac (voir le film A Billion Lives). Réseaux, influence, financement. L’opacité est d’ailleurs totale, impossible de trouver le moindre bilan comptable, rapport d’activité, montants et provenances des subventions. L’arrivée de la vape les inquiète, disent-ils, pour des raisons de santé publique, renormalisation du geste, crainte des vapeurs… Mais la montée en puissance des vapoteurs, de leurs organisations, de leurs analyses sur le système, leur volonté de « secouer » les autorités, la pérennisation du sommet (la seule initiative citoyenne dans le grand « problème » du tabac), une oreille attentive trouvée chez le DGS Benoit VALLET, faisant officiellement parti du programme cette année, et la venue du nouveau président de la MILDECA, Nicolas PRISSE… tout cela chamboule les ordres établis et semble provoquer, sinon une panique, du moins une sorte « d’inconfort » qui se révèle par la publication, à brûle-pourpoint, de cet « Avis 2017 sur les dispositifs électroniques de vapotage ».

[Hou ! Quelle était longue cette phrase !!!]

Une volonté de dialogue

Tentons de rester positif (lire le très bon billet de Ghyslain ARMAND), le 2e Sommet de la Vape a été marqué par une volonté affichée par toutes les « parties » de consolider une réelle démarche de dialogue et d’écoute. Entre la coercition prônée par les anti-tabac, et l’alternative innovante que propose la vape, l’objectif est partagé : réduire le fléau du tabagisme.

Pour essayer de comprendre, je pose des questions. La réponse la plus courante : les anti-tabac ont « peur » que la vape ne vienne saper toutes leurs années de combat contre le tabac, interdiction de fumer dans certains lieux, renormalisation du geste, entrée du tabagisme pour les jeunes… A tort ou à raison, voilà ce qui fonde principalement leur « irritabilité » affichée vis-à-vis de la vape. Voilà surtout sur quoi ils entendent fonder leur légitimité à en parler, après tout ce n’est pas du tabac ?

Précision importante, on trouve parmi les signataires le Pr Bertrand DAUTZENBERG et le Dr Pierre ROUZAUD, ou encore le Pr Gérard DUBOIS, de fervents défenseurs de la vape. Cela paraîtra étrange lorsqu’on lira certains points. Pourquoi ont-ils choisi de s’impliquer dans cet avis ? Il y de multiples raisons possibles. Pour ma part, connaissant bien maintenant les deux hommes, je mise sur une volonté de temporiser, d’apaiser et aussi peut-être éviter qu’il n’y ait trop de bêtises dans le document. Pour autant, à mon égard, cela ne donne pas plus de valeur au document qu’une publication habituelle de l’Alliance (surtout sur la vape). Stephen LEQUET, le juriste de DNF, aura beau hurler plusieurs fois que le Pr DAUTZENBERG a « patronné » le document, personne n’est dupe sur les autres participants et cela révèle à nouveau, à chercher comme ça de la légitimité, l’extrême inconfort dans lequel semblent se trouver actuellement les anti-tabac…

Lecture et commentaires

Cette lecture est à titre personnel, je m’appuie aussi sur les très nombreux commentaires que m’ont adressé des amis et / ou des abonnés à la page Facebook de Vapyou.

Remarque générale avant de détailler les 24 point de l’avis. On sait que l’une des associations (Droits des non fumeurs) s’étrangle et porte plainte contre des boutiques de vape lorsqu’elles osent parler de « saveurs tabac ». Les participants au Sommet auront aussi remarqué que le directeur général de la santé, Benoit VALLET, demande vraiment aux acteurs de la vape de bannir les mots « tabac » et « cigarette » de leur vocabulaire, appréciant au passage les nombreux et rapides efforts qui ont été faits. A bon entendeur, l’Alliance contre le tabac est loin de s’appliquer les règles qu’elle veut imposer aux autres, dans cet avis de seulement deux pages, on trouve 20 fois le mot « cigarette électronique » contre seulement 3 fois « dispositif électronique de vapotage », et aucune fois le terme que les acteurs de la vape tentent de populariser : « vaporisateur personnel ». Dont acte.

 

OK, il serait trop long ici de disserter sur les prérogatives, les moyens accordés et surtout l’évaluation des résultats. Pas le courage, et la réponse se trouve, en fait, au point N°2…

Il n’eut pas été inintéressant ici de préciser qu’il y a deux fois moins de fumeurs au Royaume-Uni, et que la France affiche un des taux de tabagisme les pires d’Europe, avec seulement derrière elle : la Grèce, la Croatie et la Bulgarie. Juste histoire de mettre en perspective l’action des autorités et des auteurs de l’avis…

Comment ne pas être d’accord quand on enfonce des portes ouvertes. Reste à comprendre les moyens derrière ces évidences.

En France, l’industrie du tabac ne représente que 15% du marché. Ne pas mentionner ici la place prépondérante des acteurs indépendants et leur implication pour une vape libre, relève de la désinformation et du mensonge par omission. En lisant ce paragraphe, on a l’impression que le marché est tenu par les industriels du tabac, c’est faux, archi faux !! Bien comprendre que quand les anti-tabac mettent des bâtons dans les roues sur la vape, ce n’est pas du tout l’industrie du tabac qu’ils gênent. Au contraire, il fragilisent des entreprises françaises qui ont déjà créé 10 000 emplois et ne demandent qu’à se développer en commercialisant un produit vertueux.

Cette description minimaliste et exclusivement négative de la nicotine est totalement contre-productive. Dans la vape et même d’autres types de substituts, la nicotine est la meilleure amie du fumeur qui veut sortir du tabac. Pour reprendre les termes de Jacques LE HOUEZEC, la « diabolisation de la nicotine » est une faute majeure dans la lutte contre le tabagisme.

Est-ce que ce point pour le moins « nébuleux » consiste à tenter de se justifier du gouffre insupportable entre ce qu’il se passe au Royaume-Uni à comparer de la France ?

Alors très bien sur le principe, sauf que ce n’est pas la réalité. La vape est réglementée en France dans le cadre d’une loi sur le tabac. De là à espérer que les anti-tabac concèdent enfin qu’il faut lui définir un statut spécifique et totalement en dehors du tabac, très bien. Bon point !

Admettons ici une volonté d’afficher un message positif, mais si la vape s’est améliorée, je ne vois pas par quel point de réglementation. Les fabricants sont surtout responsables et particulièrement « challengés » par leurs clients, très attentifs à ce qu’ils consomment. La norme AFNOR est un repère, qui peut être positif, mais qui n’a rien d’obligatoire et ne pas y participer n’est pas rédhibitoire pour la qualité des produits.

Un peu pareil que le point précédent, et si l’Alliance veut parler ici de la nouvelle procédure de notification, il ne s’agit pour l’instant que de déclarations administratives avec taxes au passage. Pour les contrôles on y est pas. Concernant la « normalisation des émissions », je ne vois pas non plus de quoi ils parlent. Le « en cours » doit-il insinuer que pour l’instant, ce n’est pas normal ?

Il n’y pas de contrôle ! Juste des notifications administratives avec redevances. Pour le reste, l’amélioration continue des produits, ben oui, qui pourrait être contre ? Je n’ai jamais entendu un consommateur réclamer des produits de moins bonne qualité !! On enfonce encore des portes ouvertes…

Alors là ! J’ai relu plusieurs fois pour être sûr de bien comprendre. La morale hygiéniste me lâcherait-elle enfin la grappe ?! Très bon point. Un grand pas, même si à titre personnel, je n’ai absolument rien à cirer de l’avis de l’Alliance pour vaper librement jusqu’à mon dernier souffle si j’en ai envie…

Très bien aussi. Ce message doit être martelé. Par contre, on pourrait préciser aussi, qu’un vapo-fumeur est déjà sur un bon chemin, il s’est déjà rapproché de la perspective d’un arrêt total du tabac. Discerner entre bénéfice sur la santé et bénéfice pour envisager une sortie du tabagisme. Positiver…

Pourquoi laisser encore planer le moindre doute ? On peut quantifier plus, oui…Mais on en sait suffisamment pour infléchir massivement la politique de santé publique et inciter les fumeurs à essayer de vaper pour arrêter de fumer. C’était d’ailleurs la conclusion du 1er sommet de la vape l’an dernier. Cela ne doit pas être conditionné à la quantification affreusement longue de pouillèmes de risques soupçonnés.

Il faut 20 à 30 ans pour détecter les méfaits du tabac. En partant du principe que la vape est au moins 20 fois moins nocive (rapport PHE) que le tabac, cela veut dire observer des vapoteurs sur 400 à 600 ans pour être vraiment sûr d’aller bout des risques équivalents au tabac. Ça risque d’être compliqué… Et enfin, les vapoteurs sont tous des ex-fumeurs, donc il faudrait mettre des non-fumeurs à la vape pour faire une étude scientifiquement correcte. Qui va prendre cette responsabilité ? Personne ! Impossible, il faut arrêter avec cet argument qui n’a plus aucun sens à comparer des risques avérés du tabac…

Évidemment, très bien. Espérons donc que l’Alliance soutienne toutes les revendications des acteurs de la vape pour favoriser l’essor du marché !

Il est impossible de démontrer l’innocuité de quoi que ce soit à long terme. Qui peut prouver aujourd’hui que la vape est plus nocive que le café, que l’alcool, que les aliments trop sucrés, trop salés, que les boissons énergétiques, que les produits cosmétiques, que les vêtements aux teintures douteuses ? Déconseiller aux non-fumeurs, pourquoi pas, mais il faut le justifier par d’autres données que l’innocuité à long terme. C’est inatteignable.

L’interdiction est effective et largement respecté par les commerçants. L’Alliance ferait bien de s’occuper des ventes de tabac aux mineurs. Un ado qui fume c’est beaucoup plus grave qu’un ado qui vape. Prioriser.

Les études existent en France et à l’étranger et certaines démontrent même que les interdictions sur la vape pour les ado favorisent le tabagisme. En France, un jeune sur trois qui sort du lycée avec la clope au bec, cette position infondée freine l’extraordinaire potentiel de la vape pour réduire le tabagisme, y compris chez les jeunes. Il est temps que les anti-tabac changent de logiciel. On ne fonde pas une politique de santé publique sur des fantasmes, c’est inadmissible.

Ça fait des années que les vapoteurs et les acteurs du marché hurlent ! Si l’industrie du tabac n’a toujours pas réussi à prendre le marché en France, c’est grâce à eux et personne d’autre. Malheureusement, la réglementation européenne a été écrite justement pour favoriser l’industrie du tabac. Tout ceux qui la défendent joue le jeu de big tobacco. Aujourd’hui, il y a vigilance, et elle est citoyenne uniquement. C’est une honte !

Pourquoi le mot « semblent » ? Que c’est pénible… Combien de produits de consommation courante « semblent » contenir des cancérogènes à des taux non-significatifs et subissent ainsi l’opprobre ? Alimentation, cosmétique, émissions polluantes…

La question de la « grosse vapeur » est un sujet, aussi, chez les vapoteurs. Au-delà du matériel, c’est une histoire de comportement et de circonstance. Le « cloud chasing » reste une pratique de passionnés, attention à ne pas généraliser.

Interdire aussi les jeux vidéos et les films violents afin de ne pas normaliser l’acte de tuer. A contrario « normaliser » l’acte de vapoter plutôt que fumer ne serait-il pas profitable à la santé publique. Affirmer que la vape renormalise l’acte de fumer est totalement non prouvé. Où sont les études ?

 Non ?! Sérieux ?!! Il y avait un comité de relecture pour laisser passer une telle énormité ?

Nous vivons un véritable drame sanitaire. Fumeurs, l’Alliance contre le tabac ne souhaite pas que l’on porte massivement à votre connaissance une solution historique pour vous permettre de sortir du tabagisme. C’est de la censure.

Conclusion

4 points positifs, 10 points mitigés et 10 points négatifs. Sincèrement, en première lecture, j’avais une impression globalement meilleure. Autrement dit, sans une relecture attentive, j’aurais presque pu me faire berner par le coup de communication procédé à l’occasion du 2e Sommet de la Vape.

D’un état d’esprit volontaire, j’essaie sincèrement de trouver les points positifs et les souligner. Il y en a trop peu malheureusement. J’ai été très choqué au Sommet par l’attitude de Daniel THOMAS du CNCT qui se plaignait d’être relégué dans les « contre la vape ». Comme si désormais, cette position devenait intenable. Incorrecte.

Et pourtant, c’est une réalité. En France, les associations anti-tabac participent depuis le début à freiner l’essor de la vape. Petit à petit, elles doivent reculer devant les évidences, devant les études toujours plus nombreuses, les arguments et tout simplement la réalité du terrain qui anéantissent un à un les fantasmes sur lesquels elles fondent leurs positions. Cet avis est très révélateur de leur inconfort actuel, elles essaient de lâcher du lest, de se justifier, ne pouvant plus nier, ni la liberté des citoyens, ni le potentiel évident de la vape pour sortir du tabagisme…

Que ça doit être difficile d’admettre qu’on s’est trompé à ce point. Que ça doit être difficile de se dire que peut-être, sûrement, un jour des gens pendront leur calculette et chiffreront exactement les conséquences de son inconséquence.

La conclusion du document est explicite. Très mal formulée. Non, la vape n’est pas un moyen « probable », c’est un moyen « certain », pas absolu, mais « certain ». Qui peut en douter encore aujourd’hui ?!

Quant à la deuxième phrase… Que doit penser une femme enceinte ou un malade du cancer qui n’arrive pas à arrêter de fumer malgré sa situation ?

Quel dommage ! Tous les signataires auraient mieux fait de venir au Sommet de la Vape, quitte à écrire un avis après coup. Cette publication, ce moment, cette manière de faire, m’interpellent et m’interrogent vraiment. Pourquoi rédiger cet avis et l’adresser essentiellement aux vapoteurs (non publié sur le site de l’Alliance) ? Pour séduire, pour s’amender, pour calmer les esprits ? L’avenir nous le dira sûrement.

Pour finir sur une note positive et volontaire : exercice raté, mais qui a le mérite d’avoir été tenté, au risque de se décrédibiliser. Chacun jugera, voici le document en .pdf : Alliance contre le tabac – Avis 2017 sur les dispositifs de vapotage (cigarette électronique)